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Dust to Dust - Nuit 8

 
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Solaris
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MessagePosté le: 20 Juil 2010, 05:07    Sujet du message: Dust to Dust - Nuit 8 Répondre en citant

Sir Arthur Philip Stanhope (1860-1919)

Selon la plupart des historiens, rien ne semblait prédestiner Sir Stanhope aux honneurs auxquels il a goûté dans sa vie. Né en Inde d’une famille noble, on aurait pu croire qu’il allait, comme son père avant lui, se destiner à gouverner cette colonie britannique. Ambitieux, d’une intelligence exceptionnelle, Stanhope démontra très tôt un sens politique indéniable, aidant son père à calmer les émeutes de 1871 par quelques manœuvres moralement discutables, mais stratégiquement irréprochables (voir à ce sujet l’excellente biographie de Joseph Snowe parue l’année dernière).

Stanhope arriva à Londres en 1879, plein de rêves et d’ambitions. Il devint membre du Liberal Party et, en 1890, fut élu député du comté de Shelby. Membre proéminent du Parlement, il gagna en popularité, si bien qu’en 1901, deux ans après avoir rencontré celle qui allait devenir sa femme, il devint chef du Parti libéral. Les élections de 1903, qui se soldèrent par un échec lamentable, mirent un terme provisoire à sa carrière, mais Stanhope continua d’exercer pendant sa traversée du désert un rôle d’éminence grise, conseillant plusieurs ministres et sous-secrétaires d’État. En 1911, il fut nommé ministre de la Guerre sous le gouvernement Asquith, honneur pleinement mérité, selon la plupart des commentateurs politiques (lire à ce sujet l’éditorial de Bixive Banting du 23 mars 1911).

L’année 1913 fut très dure pour Stanhope : en juin, il apprit la mort de sa femme, victime du ‘massacreur de Portsmouth’. Malgré les efforts considérables de la police et des services secrets, l’affaire ne fut jamais élucidée. Sa mort porta un dur coup à la santé et au moral de Stanhope, si bien qu’en 1919, après avoir grandement contribué à la victoire de son pays sur l’Allemagne, Stanhope s’éteignit dans un tragique accident de pilotage. Connaissant l’habileté de Stanhope aux commandes d’un avion, nombreux furent ceux qui crurent à un suicide.


~HUXLEY, James, A History of Great Britain (1968), pp. 457-458~




* * *


U.N. Owen baissa les yeux sur le corps d’Elise, prostré sur le sol dans une position pathétique. Il donna un petit coup de pied pour vérifier qu’elle était bien morte et, satisfait, l’enjamba pour se diriger au fond de la salle. La bibliothèque était maintenant plongée dans l’obscurité quasi-totale ; seule une petite lampe, posée sur une table de travail, émettait un faible rayon de lumière. Sur la table était posée une pile de journaux, certains récents, d’autres plus anciens. L’un d’eux, vieux d’une douzaine d’années environ, avait été ouvert à la section ‘Politique’. U.N. Owen tressaillit. Il avait sous les yeux un article détaillant l’élection récente de Sir Arthur Stanhope à la tête du parti libéral britannique. Elise s’était approchée bien près de la vérité. Bien trop près.

Il ne pouvait pas laisser ces journaux ici. Tôt ou tard, quelqu’un entrerait dans la bibliothèque et remonterait la piste jusqu’à lui. Il ne pouvait pas non plus les brûler, n’ayant pas de feu à sa disposition. Il résolut de replacer les journaux dans les rayons, à leur emplacement respectif. Les trouver relèverait alors de l’exploit. U.N. Owen traîna ensuite le corps d’Elise jusqu’à la table de travail, l’assit sur la chaise et coinça son corps contre le bureau, de sorte qu’elle ne tombe pas. Satisfait, il effaça toutes traces de son passage et ouvrit la porte menant à la salle à dîner.

Les cadavres d’Azrael, Balthy, Lawliet et Maurice étaient toujours accotés le long du mur, répandant une odeur pestilentielle dans la pièce. U.N. Owen ne s’en souciait guère, ayant déjà connu bien pire. Avec un sourire satisfait, les doigts bien serrés sur son arme, il pénétra dans le salon en adressant un dernier regard à la pièce derrière lui. Après avoir fermé la porte, il se retourna vers la fenêtre pour jeter un regard sur la pluie qui tombait sans relâche à l’extérieur. Son sourire se figea.

Devant lui, assise dans son fauteuil habituel, Ysengrain la regardait, les bras croisés et le visage figé dans une expression féroce. Ade, Gaël et Winterspoon avaient tous trois pointé le canon de leur arme en sa direction. Ysengrain prit la parole et lui désigna une chaise :

« Nous ferez-vous le plaisir, madame, de déposer votre arme par terre et de prendre place sur le siège que nous avons préparé à votre endroit ? »

Lady Noyau déglutit. La journée allait être longue.




* * *


« Ainsi, c’est… c’est bien vous…
- Tu sembles surpris.
- Je vous-
- croyais morte ? Hélas non, Solaris. Le passé ne t’oubliera pas aussi facilement. »

Un silence se fit, dans lequel mille regards, mille petits gestes furent posés.

« Quand je vous… non, quand je t’ai vue là-bas, à la soirée de Lord Bolton, mon cœur s’est arrêté de battre. Tu étais là, majestueuse dans ta robe noire, balayant du regard l’ensemble des convives. Et quand enfin, tes yeux se sont posés sur moi… Tu as bien changé depuis la dernière fois. Tes traits se sont creusés, durcis, mais ton regard… ton regard restera toujours le même. Personne dans toute l’Angleterre n’aurait pu te reconnaître, mais je n’ai jamais oublié ton regard. Je ne l’oublierai jamais. »

Noyau leva les yeux vers l’autre. Elle le toisa un instant, comme le mettant au défi de terminer sa pensée, mais Solaris s’était tu. Celui-ci soupira enfin :

« Je doute que tu aies voulu me rencontrer pour qu’on se rappelle du passé ensemble.
- Tu lis dans mes pensées.
- Que veux-tu ? Me tuer ? Mais je t’en prie : vas-y ! Il y a une arme dans mon tiroir. Tu n’as qu’à l’ouvrir, la charger et me tirer dessus. C’est rapide, propret et on ne remontera jamais jusqu’à toi.
- Je ne suis pas aussi primaire que toi, Solaris. »

La phrase était lourde de sens et Solaris l’accueillit avec une grimace.

« Non, je ne vais pas te tuer. J’ai d’autres chats à fouetter. J’ai cependant… un service à te demander.
- Et si je refuse ?
- Oh, tu ne refuseras pas. Nous savons tous deux que je puis briser ce qui reste de ton honneur comme on chiffonne une boule de papier. Je pense avoir assez de crédit auprès de M. Stanhope mon mari pour ce faire. Et de toute façon, je pense que tu voudras revoir ton enfant.
- Mon enf… tu veux dire qu’il est vivant ?
- Comme moi, oui. Et si tu accèdes à ma demande, je peux arranger une rencontre. Je pense qu’il est aussi impatient que toi de faire ta rencontre.
- … que veux-tu ?
- Dans un mois environ – le 21 juin – je veux que tu organises une petite soirée dans ton manoir près de Portsmouth. Tu y inviteras 20 personnes parmi les plus célèbres d’Angleterre. Je te transmettrai la liste bientôt.
- Je présume que tu en seras ?
- Oui, en effet.
- Et ensuite ?
- Et ensuite rien. Je me charge du reste. Une fois la petite soirée terminée, tu pourras voir ton enfant. »

Solaris alluma sa pipe et se cala plus confortablement dans son fauteuil. Il prit quelques bouffées d’un air pensif, puis reprit la parole :

« Te connaissant, ce ne sera pas qu’une ‘petite soirée’. Je ne vois pas pourquoi je devrais prendre ce risque.
- Très bien. Dans ce cas, quittons-nous dès maintenant! Demain, M. Bixive du Times ou M. Hartner du Sun recevront une lettre anonyme, leur détaillant ton rôle précis dans l’affaire Blackstone.
- Tu sais très bien que je suis complètement innocent ! C’est George qui-
- Je m’en fiche! George était mille fois l’homme que tu seras jamais, et tu le sais autant que moi! Si tu ne veux pas me rendre le service que je te demande, sache que je n’hésiterai pas à te briser et te réduire à la ruine, et tu ne peux absolument rien faire pour m’en empêcher. Quant à ta prétendue ‘innocence’, laisse-moi rire ! Tu n’as peut-être rien livré à l’Allemagne, mais tu as commis des forfaits bien plus abjects ! »

Un second silence, plus lourd cette fois. Solaris reprit la parole dans un murmure.

« C’est… c’est entendu.
- Heureuse de te l’entendre dire. Je tiendrai ma part du marché, ne t’inquiète pas. »

À ces mots, elle se leva et prit la direction de la porte.

« Elizabeth!
- … oui ?
- Je suis désolé. Je… te présente mes excuses. J’ai été odieux.
- …
- Je n’aurais pas dû… j’étais jaloux. De George et toi. J’ai appris que vous aviez une relation et je--- j’ai vu rouge. Je suis désolé.
- Ces excuses arrivent avec vingt-cinq ans de retard, malheureusement. Je te transmettrai bientôt la liste des invités. »

Elle ouvrit la porte. En guise d’adieu, Solaris lui glissa :

« J’ai entendu parler d’une nouvelle affaire d’espionnage au plus haut niveau de l’état. Le ‘Falke’, je crois, non ? »

Noyau s’immobilisa un instant sur le pas de la porte. Puis, sans un mot, sans un geste, sans un regard, elle sortit de la pièce. Solaris la suivit des yeux jusqu’à ce qu’elle disparaisse dans le couloir.




* * *


Il ne fallut qu’une dizaine de secondes pour que Noyau reprenne contenance. Elle déposa son arme sur le parquet du salon et s’assit en face d’Ysengrain, affichant une expression proche du scepticisme poli. Les quatre convives, s’attendant à la trouver complètement tétanisée, furent décontenancés par son calme. Noyau fut la première à prendre la parole.

« Je ne sais pas ce qui me vaut l’honneur d’un tel accueil, madame, mais quoi qu’il en soit, je crois que vous faites erreur. »

Le ton était posé, la voix sereine. Ce fut au tour d’Ysengrain de déglutir, se départant de son assurance ordinaire. Elle chercha à reprendre ses esprits et répliqua d’une voix un peu trop forte.

« Laissez tomber vos enfantillages, madame! Nous savons tous que-
- Que quoi ? Quels enfantillages ? Je n’ai absolument rien à me reprocher, et je croirais presque que vous êtes tous des assassins en puissance prêts à m’assassiner quand bon vous semblera.
- Je… nous savons. Nous savons que vous êtes U.N. Owen.
- Vous vous moquez de moi !?
- N-non. »

Ysengrain se tut un instant, fermant les yeux pour reprendre son calme et son assurance.

« Depuis ce matin – la mort de Bixive, pour être plus précise – nous nous sommes entendus. Il y avait quelque chose de pas net chez vous, madame. Depuis la mort du comte Von Nabis, une mauvaise impression nous agitait : après recoupement des alibis, nous nous sommes rendu compte que vous aviez manqué à l’appel pendant un laps de temps d’une demi-heure. Nous avons donc décidé de vous tendre un piège. Nous allions vous laisser le champ-libre pendant quelques heures.
- Je ne vois toujours pas où vous voulez en venir.
- Eh bien, nous avons tous vu Lady Elise entrer dans la bibliothèque à 9h47 précises. À 10h03, vous y êtes pénétré également, pour en ressortir dix minutes plus tard, seule. (Elle poursuivit d’un ton plus confiant) Je voudrais bien vous voir vous justifier de cela, madame! Alléguerez-vous qu’un autre que vous s’est glissé dans la pièce avant Elise, et l’a assassinée sous vos yeux ébahis !? Qu’elle était déjà morte quand vous êtes arrivée !?
- Je le répète, vous faites erreur. »

Ysengrain s’interrompit, et quatre paires d’yeux posèrent un regard inquiet dans sa direction. Noyau sourit intérieurement. A priori, la partie semblait perdue d’avance. Les quatre invités semblaient déterminés à lui faire avouer ses crimes. Ce qui signifiait qu’elle avait été trahie par son seul allié. Qu’importe, il restait encore un moyen très risqué d’en réchapper. Elle tenta un coup de dés et mentit effrontément :

« Je suis effectivement entré dans la bibliothèque suite à Lady Elise. Nous nous y étions fixées rendez-vous. Mais vous faites erreur sur un point.
- Lequel ?
- Lady Elise n’est pas morte.
- Hein ?
- Elle était bien vivante quand je l’ai quittée. Je ne vois donc pas à quoi sert toute cette mascarade !
- Vous mentez ! »

Gaël s’était dirigé vers la porte, prêt à vérifier les allégations de Noyau. Il fut interrompu par Ysengrain.

« Attendez ! … nous ne pouvons pas prouver qu’elle ment.
- Mais il suffit d’aller vérifier.
- Non. Si elle est encore vivante, rien ne vous empêche d’entrer dans la bibliothèque, de l’assassiner et de revenir nous dire qu’elle est morte et que Lady Noyau mentait. »

On frissonna. Ysengrain n’avait pas tort. Au fond de son âme, Noyau avait un sourire démoniaque. Oui, vous ne pouvez pas vérifier mes dires. Si l’un d’entre vous s’y rend, je soutiendrai que cette personne-là a tué Lady Elise. Si vous y allez à deux, j’insinuerai que vous étiez de mèche et que vous avez décidé de corroborer vos dires. Vous n’irez jamais à trois, car ce serait alors prendre le risque de me laisser toute seule avec quelqu’un qui pourrait bien être mon complice.

Les autres avaient compris également. Tous regardaient Noyau d’un air livide, qui portait présentement le masque de la juste indignation. Merde ! On ne peut rien prouver ! Attendez, peut-être que… qu’on ne peut rien prouver parce que justement, il n’y a rien à prouver… Et si Noyau était en fait innocente ? Impossible d’être aussi calme qu’elle l’est présentement après avoir tué un être humain…!

« Allons-y tous ensemble, donc.
- Très bien. Je n’ai rien à cacher. »

Noyau avait prévu cette suggestion d’Ysengrain, c’est pourquoi elle avait accueilli la remarque d’un ton aussi calme. Du reste, elle avait réussi son premier objectif : semer le doute et la confusion chez les autres.

On fit route vers la bibliothèque, carabines pointées en sa direction. La bibliothèque était toujours aussi sombre, de sorte qu’on voyait à peine plus loin que le bout de son nez. Pendant qu’on cherchait l’interrupteur, Noyau sentit une main lui glisser quelque chose de froid et de métallique. Un pistolet. Elle sourit : son allié ne l’avait pas trahi, finalement. Elle lui adressa des remerciements muets et s’empressa de dissimuler la bouée de sauvetage que l’autre lui avait tendue.

Sans surprise, on trouva Elise dans l’état où Noyau l’avait laissée, affaissée sur son siège. On se retourna vers elle avec un regard accusateur. De son côté, Noyau faisait de son mieux pour afficher la plus parfaite stupéfaction :

« Je… je ne comprends pas.
- Je ne vois pas ce qu’il y a à comprendre. La scène est assez claire : la comédie est finie, bas les masques.
- Un- un instant ! Je crois avoir saisi!
- Saisir quoi ? Votre rôle dans la mort d’Elise ?
- Ne faites pas de blague : Elise était aussi vivante que vous et moi quand je l’ai laissée… mais il reste encore deux possibilités… deux suspects, devrais-je dire.
- Expliquez-vous.
- Voyons, quand je suis entrée dans le salon, j’ai fermé la porte derrière moi, non ?
- Oui.
- Supposons que pendant que vous vous êtes livrés à vos petites accusations, U.N. Owen – le vrai coupable – réfugié dans la cuisine, est entré dans la salle à dîner. La porte reliant la pièce au salon étant fermée, nous n’avons pas pu le voir. Il s’est alors introduit dans la bibliothèque, a assassiné Elise et a pris la fuite avant notre arrivée!
- Je… mais c’est insensé ! Qui aurait pu faire ça ?
- Narcisse ou Canvellian, tout simplement ! »

Le plan de Noyau était parfait : seule une personne dans cette salle, elle-même exceptée, savait que Narcisse et Canvellian étaient morts. Cette personne ne pouvait toutefois pas le révéler sans se trahir elle-même, de sorte qu’aux yeux des autres, les propos de Noyau n’étaient pas dénués de sens. Une personne vint toutefois rompre le silence.

« Si vous n’êtes pour rien dans la mort d’Elise, comment expliquez-vous que vous cachiez encore l’arme du crime sous vos vêtements ?
- Quoi ? Mais je… »

Elle faillit dire ‘je m’en suis débarrassée’, mais se retint juste à temps. Elle ne comprenait pas les propos de son interlocuteur, quand soudain ils prirent tous leur sens. Ah putain. Putain de merde d’enfoiré de salaud! Son allié l’avait bel et bien trahie. Il ne lui avait donné le pistolet que pour mieux l’accuser par après. Elle ferma les yeux un instant. Comme la dernière fois, elle avait été parfaite. Comme la dernière fois, elle n’avait commis aucune erreur, n’avait laissé aucune trace. Comme la dernière fois encore, on avait inventé des preuves, on l’avait trahie. Trahie, encore, toujours et à jamais. On eut tôt fait de récupérer le pistolet. Tous les doutes avaient alors été chassés par des certitudes : Noyau était U.N. Owen – la confusion n’était plus possible.

Les quatre coups de feu claquèrent en même temps. Le souffle coupé, Noyau s’abattit sur le sol comme une goutte d'eau sur la rivière. Il faisait froid.



* * *


Noyau revint de chez Solaris passablement satisfaite. Elle avait obtenu ce qu’elle voulait : ne restait plus qu’à constituer la liste d’invités. Le plan avait été arrêté depuis environ un mois. Les services secrets se rapprochaient inexorablement de son identité, et elle savait que tôt ou tard, on la trouverait, et rien alors, pas même la position de son mari, ne saurait la préserver d’un destin funeste. Le comte Von Nabis, le major Lokhlass, le rédacteur en chef Bixive et Lady Elise lui posaient particulièrement problème. S’ils mettaient leur connaissance en commun – ou pis, si Solaris choisissait de la trahir une fois de plus – c’en était fini d’elle.

Elle monta donc un plan ingénieux pour rassembler ces quatre cibles au même endroit. Pour éviter qu’on remonte jusqu’à elle, elle tuerait ou ferait tuer tous les invités présents au manoir ce jour-là, ainsi que Solaris. Noyau sourit. La peur d’être découverte et condamnée n’était peut-être qu’un des feux qui animaient son âme. Il lui restait également une haine profonde de l’État britannique. Si elle pouvait éliminer avant de mourir quelques uns des enfoirés qui dirigeaient le pays, elle n’hésiterait pas.




* * *


« Vous êtes certaine de vouloir retourner dans votre pays, mademoiselle ?
- Oui, j’en suis sûre. »

L’officier allemand la regarda un instant, les sourcils froncés.

« Pourquoi donc, si je puis me permettre ?
- Parce que je déteste ce pays. Parce que je suis prête à tout pour lui nuire. Parce que les autorités britanniques n’avaient aucune preuve contre moi, parce qu’ils savaient très bien que les documents présentés par Solaris avaient été montés de toute pièce. Parce qu’ils ont laissé faire – notre culpabilité les arrangeait, après tout. C’est un pays horrible, avec des dirigeants hypocrites, lâches et méchants. »

L’officier soupira. Il lui tendit enfin quelques papiers.

« Voilà votre nouvelle identité.
- … Lady Noyau.
- Vous avez passé l’essentiel de votre enfance en Australie. Votre mari est mort, vous êtes veuve, et devant l’indépendance prochaine de la colonie, vous avez décidé de revenir en Angleterre. »

Il marqua un temps.

« Trouvez-vous quelqu’un de bien, mademoiselle. De haut placé. Sir Arthur Stanhope nous semble être un excellent choix. Célibataire, ambitieux, étoile montante… séduisez-le. Une fois que vous y serez parvenue – si vous y parvenez – nous verrons. Prenez garde à vous, mademoiselle. »




* * *


Elizabeth haussa un sourcil en consultant le journal.

« Apparemment, je suis morte.
- Ah oui!, fit l’autre en riant. J’espère que vous appréciez notre petit subterfuge. En vérité, le corps qui s’est échoué sur la berge était celui d’une adolescente qui avait cru bon de faire quelques longueurs dans l’océan. Incident regrettable. Nous avons décidé de miser sur cette malheureuse coïncidence pour vous faire passer pour morte. Qui sait, cela aura peut-être son utilité ?
- Si je peux me faire oublier de cette chère Angleterre, je ne m’en plaindrai pas! Et George ?
- Il est mort, madame. Nous avons retrouvé son corps flottant à la surface quelques heures après vous avoir récupéré. Je vous transmets mes sincères condoléances. »

Elizabeth serra le poing d’un air féroce.




* * *


Elizabeth poussa la tête hors de la surface et s’accrocha de toutes ses forces à la planche de bois qui lui tenait lieu de bouée. Tenant son tout-jeune enfant dans les bras, elle toussa longuement, expulsant l’eau qui s’était glissée dans ses poumons. Épuisée, sans espoir, elle pleura. Le navire sur lequel elle faisait route – ‘avait été exilée’, corrigea-t-elle – vers l’Allemagne s’était heurté à une violente tempête. On l’avait envoyée sur un vieux bateau, une antiquité du siècle précédent, qui menaçait de prendre l’eau. Quand le vent frappa la coque et que les vagues atteignirent le pont, ce quasi-radeau eut tôt fait de chavirer.

Très peu avaient survécu : quelques membres d’équipage flottaient encore à quelques mètres d’elle, s’accrochant eux aussi à des radeaux de fortune. Même George n’avait pas réussi à en sortir vivant ; il était sans doute mort noyé, emporté sous l’océan.

Son œil fut soudain attiré vers l’est. Un navire autrement plus imposant semblait se diriger vers elle. En plissant les yeux, elle crut distinguer des silhouettes sur le pont, qui s’agitaient en pointant du doigt les débris de bois qui leur servaient de bouée.



* * *


« Espèce de lâche ! Menteur ! Hypocrite ! Comment avez-vous pu !? »

La veille, le Times avait publié un ensemble de documents prouvant de manière décisive la culpabilité de George Blackstone et d’Elizabeth Pierce dans l’affaire d’espionnage ayant secoué le ménage Solaris un peu plus tôt. Ces preuves attestaient également de l’innocence de Solaris lui-même. Celui-ci regardait son épouse d’un air calme, mais résigné. Dans ses yeux ne subsistaient guère qu’une colère froide, sans l’ombre de l’affection qu’il portait jadis envers sa tendre épouse.

« Vous n’avez que ce que vous méritez, madame. Conspirer avec l’Allemagne contre notre cher pays…!
- Vous dites n’importe quoi !
- Pourtant, ces documents l’attestent.
- Vous les avez montés de toutes pièces ! Tout pour votre petite carrière, n’est-ce pas ? Vous êtes pathétique !
- Et vous m’avez trompé, madame.
- Ha! Serait-ce de la jalousie, monsieur !? Je ne le regrette pas un instant ! George vaut mille fois mieux que vous ! J’aurais dû le choisir, lui !
- Disparaissez, madame. Vous faites peine à voir. Je présume que les autorités de l’état viendront vous quérir dans la soirée. J’espère ne plus jamais vous revoir. »




* * *


« Dis, maman, tu penses que ça lui plaira ?
- George ou Solaris ?
- … peu importe ! »

Eva Pierce – Strauss de son nom de jeune fille – leva un regard amusé vers sa fille, laquelle étrennait une nouvelle robe. Celle-ci se regardait dans le miroir, en proie aux affres du doute.

« Je la trouve très bien.
- Que tu la trouves bien, d’accord, mais j’aimerais savoir ce que lui, il en pense !
- Liz. »

La voix d'Eva se fit soudain sérieuse. Elizabeth comprit instantanément où se dirigeait la conversation :

« Oh non, pas encore… tu m’as déjà fait le coup il y a une semaine !
- Lizzie, ton père et moi sommes heureux de ton bonheur, mais nous nous inquiétons un peu pour toi.
- Vous êtes ridicule, voyons!
- Il va falloir que tu fasses un choix, Liz. Tu ne peux pas rester éternellement prise entre deux feux. C’est malsain, et tu le sais très bien.
- Tu racontes n’importe quoi, maman. Je ne suis prise entre aucun feu. Maintenant, si tu permets, je file! »

Adressant un clin d’œil furtif à sa mère, Elizabeth disparut dans le vestibule. Eva eu tout juste le temps de lui crier :

« Je suis sûre qu’il adorera ! »




* * *


« P’pa, m’man ? »

Eva et James lui jetèrent un regard amusé.

« Quoi, Liz ?
- Les gens, ils vont où quand ils meurent ?
- … c’est une question de grande personne, ça, Liz. Qui t’a mis ces idées-là dans la tête ?
- C’est Solaris ! Il dit qu’il a lu dans un grand livre savant qu’on est tous nés de la poussière, et que quand on meurt, on redeviendra poussière !
- Et qu’en penses-tu ?
- J’en pense que la poussière, elle me fait éternuer et j’aime pas ça ! J’veux pas devenir poussière !
- … ‘Ashes to Ashes, Dust to Dust’. C’est vrai qu’il y a un bouquin très célèbre qui dit ça. Mais il ne faut pas croire tous les livres, aussi savants qu’ils soient.
- J’comprends pas. À la fin, on d’vient quoi ?
- On devient ce qu’on veut. La question n’est pas là. L’important n’est pas ce que l’on devient, où l’on va, mais ce qu’on laisse. On peut naître et mourir poussière, mais l’essentiel, c’est ce qu’on fait pendant que l’on est quelque chose.
- Euh…
- Ce qu’on aimerait, Liz, ce qu’on aimerait tous deux, c’est que tu sois heureuse. C’est que tu deviennes quelque chose de bien, d’accomplie. Que tu vives une vie pleine et entière, une vie longue, une vie satisfaisante, pour qu’au moment de redevenir poussière, comme l’a dit si brutalement ton ami, tu ne regrettes rien.
- Dis, si je fais tout ce que tu me dis, est-ce que je deviendrai poussière d’or ? »

James rit de bon cœur.

« Peut-être, Liz, peut-être. Oui, tu deviendras sans doute poussière d’or. Et après, tu pourras t’élever dans les airs, voler entre les nuages et répandre la lumière partout!
- Ouah, c’est super!
- Mais seulement si tu as une vie longue et heureuse, tu m’entends ?
- Ouais, j’ai compris, m’man ! »

Tous trois passèrent encore un bon moment à parler et à rire, Elizabeth imaginant à voix haute tout ce qu’elle ferait une fois devenue poussière d’or.


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Noyau a été lynchée par le village aujourd'hui.
Elle était
Elizabeth Pierce, alias U.N. Owen, le chef-loup.

Vous n'êtes plus que quatre.

Résultat des votes

Noyau : 3 voix (Gaël, Winterspoon, Ysengrain)

Gaël : 2 voix (Ade, Noyau)


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LES PERSONNAGES SUIVANTS SONT ACTIFS CETTE NUIT


> Le loup a jusqu'à mercredi 5H du matin pour me désigner la victime de la nuit.

LE JOUR SE LÈVERA MERCREDI À 5H DU MATIN (comprendre : 5h du matin, la nuit de mardi à mercredi).


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Celle-là aussi est très, très, très belle, je trouve. C'est sans doute mon morceau préféré entre tous ceux que j'ai postés depuis le début de la partie, alors je vous conseille d'y jeter un coup d'oeil également. ^^ Celui-là est carrément tragique, et j'espère qu'il ne jure pas avec le texte que j'ai envoyé (pour le meilleur effet, ne l'écouter qu'à partir de l'endroit indiqué).

D'ici là, bonne nuit à tous ! Clin d'oeil


Dernière édition par Solaris le 20 Juil 2010, 07:59; édité 7 fois
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MessagePosté le: 20 Juil 2010, 06:42    Sujet du message: Répondre en citant

Pfou ! Je ne sais pas si certains d'entre vous me lisez encore, mais si oui, le texte de la journée devrait éclaircir la majeure partie de 'l'histoire'. Le tout est un peu (très) invraisemblable, alambiqué à souhait, avec quelques facilités de scénario, mais j'espère au moins avoir suscité votre intérêt et vous avoir plongé dans le thème, ce qui était l'objectif avoué. ^_^

Et si l'idée-même de textes de début de jour vous révulse, je vous invite au moins à écouter les morceaux que je poste à chaque début de phase (si je ne m'abuse, seule la nuit 3 a été laissée pour contre). Ça en vaut peut-être la peine, qui sait ? Clin d'oeil
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