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Le Procès [Solutions aux énigmes]

 
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Solaris
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MessagePosté le: 14 Avr 2013, 10:35    Sujet du message: Le Procès [Solutions aux énigmes] Répondre en citant

(Ce sujet sera mis à jour une fois le recensement terminé et l'avocat/procureur élus.)
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Solaris
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MessagePosté le: 19 Avr 2013, 19:27    Sujet du message: Répondre en citant

Elise

Montréal. 12 mars 1970. 10h03.
Prélude.


Une condamnation à mort était avant toute chose une question de routine : Elise le savait depuis longtemps maintenant. Requérir l’exécution d’un homme avait un petit côté vulgaire, indécent. Elle-même n’était plus le moins du monde indisposée par pareille banalité, bien sûr, mais il n’en était pas de même pour les petites gens qui, l’espace d’un procès, se voyaient élevées au rang de jurés. Ça, Elise le savait également. L’essentiel, pour éviter de brusquer les âmes sensibles – ou trop étrangères peut-être à cet art respectable qui consistait jadis à séparer la tête du corps et qui s’était entiché depuis du nœud coulant – l’essentiel, donc, était de présenter la condamnation comme une affaire de routine. L’aboutissement logique d’un processus banal.

Balayant des yeux l’auditoire qui prenait place dans la salle, attachant son regard sur chaque visage comme pour tâter le pouls de son public, Elise savait que son travail n’allait pas être d’établir la culpabilité de l’homme qui se tenait dans le box des accusés. La police, les médias, l’opinion s’étaient déjà chargées de le faire pour lui. Cette culpabilité ne faisait à cette heure plus aucun doute, et quand bien même eût-il subsisté l’ombre d’une hésitation, Elise ne se préoccupait plus de banalités pareilles. Son job était au contraire tout simple : rassurer le jury. Le prendre par la main et le guider patiemment vers le verdict ultime et inévitable. Inévitable, vraiment.

Elise posa enfin ses yeux sur l’accusé. L’homme était calme, serein. Elle se demanda s’il savait qu’aujourd’hui allait être fixée la date de la fin de sa vie, se dit que oui – il n’y avait plus grand-chose à redire au dossier. L’homme était calme, pourtant. Tant mieux : rien de pire qu’un petit être larmoyant et pathétique pour attendrir le cœur simple du jury. Un homme calme exacerbait au contraire l’hostilité de la foule. « Comment cet homme peut-il avoir l’audace de soutenir le regard de la justice ? N’a-t-il donc aucune décence ? »

Entretemps, la salle s’était tue. Elise sourit : c’était le moment qu’elle préférait. Dans quelques instants, l'huissier allait annoncer l'arrivée du juge. Tout le monde se lèverait alors d'un seul coup ; quelques instants plus tard, chacun reprendrait son siège, un peu impressionné quand même par le cérémonial et la splendeur des institutions. « Y a pas à dire, ils font bien leur boulot », et toutes ces conneries. Et quand elle-même se lèverait, icône de la justice vengeresse, quand elle poserait ses mains sur le lutrin avec la mine sévère qu'elle savait si bien composer, qu'elle regarderait l'accusé en silence, un silence juste un peu trop long, ils ne pourraient s'empêcher d'y voir le prolongement du cérémonial. Tout est sous contrôle. Vous n'avez qu'à me laisser guider les festivités ; il vous suffira d'écouter, de rire à mes bons mots, de vous indigner au moment que je vous aurai désigné et de bêler 'coupable' lorsque viendra le moment d'applaudir. Bref, aujourd'hui commencerait l’exécution de l'ex-détective Janabis.

Elle avait déjà prévu de raconter l’histoire depuis le début. Depuis l’arrivée, au début du printemps, du détective Janabis dans le petit village de Cap-Chat, sur la côte gaspésienne, jusqu’au dénouement final, quelques semaines plus tard. Tout avait commencé – il fallait qu’elle le précise – un soir de pleine lune, avec le meurtre sauvage et terrifiant de Narcisse, jeune industriel prometteur et plein d'ambitions. Un espoir pour sa communauté et pour la région en général. Un espoir qui ne vibrerait jamais plus. Il fallait parler des marques de crocs sur le corps du jeune homme, insister sur la férocité de celui que la presse avait depuis baptisé le Loup-garou. C’était bien, ça, Loup-garou. Ça faisait animal. On hésite toujours moins à exécuter un animal.

Il fallait ensuite faire le lien avec Janabis, qui avait, comme par hasard, loué une chambre à quelques kilomètres de là, le soir-même de la mort de Narcisse. Janabis qui, lorsque Jnst avait alors contacté son bureau pour retenir ses services d'enquêteur, avait laissé filer un délai de deux ou trois jours, avant de se présenter au manoir de son employeur, comme si de rien n'était, en faisant mine d'arriver de Montréal. Dès le début, elle dépeindrait alors l'accusé comme un être malhonnête, mesquin. « Il se fait appeler Von Nabis, vous vous rendez compte ? », les entendait-elle presque chuchoter. Janabis – détective brillant, génial, mais malade. Profondément malade. Si peu humain. Voilà l’angle d’attaque.

Condamner un homme à mort était décidément une affaire de routine.

Soudain, tout le monde se tut. On annonça l’arrivée du juge. Elise se prit à sourire, une fois de plus. Ça allait commencer.
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Solaris
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MessagePosté le: 20 Avr 2013, 07:11    Sujet du message: Répondre en citant

Elise

Montréal. 12 mars 1970. 10h47.
Première solution.


« Et c’est ce qu’il vous a dit ? ‘Lequel de ces deux larrons dois-je renvoyer’ ? Qu’avez-vous répondu ?
- Aucun des deux. Le coupable était tout autre.
- Bien sûr. Quand les choses seront-elles jamais simples ? »

Elise eut un petit rire. Comme prévu, Janabis se révélait un accusé bien plus coriace que la presse n'avait anticipé. À les croire, l'homme était un illuminé à peine cohérent, taciturne - tellement asocial qu'un regroupement de trois personnes lui aurait donné des cauchemars. Mais Elise n'était pas la presse. Sûre d'elle ? Oui. Un brin trop arrogante ? Peut-être. Du genre à sous-estimer un accusé ? Jamais. Elle s'était attendue à incriminer un psychopathe intelligent, charismatique et terriblement dangereux - et c'est justement ce qu'elle avait en face d'elle. Tout se passait comme prévu.

Au moins, je n'aurai pas à me coltiner un pro de la défense, pensa-t-elle en jetant un coup d'oeil à l'avocat de Janabis. L'homme, assez jeune, semblait se contrefoutre de son client, tout occupé qu'il était à compléter ses mots croisés ou à griffonner des petits dessins dans les marges. Il avait depuis quelques minutes levé le nez de ses papiers et adressait des clins d'oeil rieurs à une jeune femme dans l'assistance venue assister au procès avec sa petite fille. C'est à peine si Elise se retint de lever les yeux au ciel. Facile. Beaucoup trop facile.

« Vous étiez en train d'expliquer, Monsieur Janabis, qui avait dérobé les effets personnels de M. Jnst ?
- Non. J'étais en train de réfléchir à votre autre question.
- Quelle autre question ?
- 'Quand les choses seront-elles jamais simples ?' Interrogation troublante. Je dois avouer que je fais chou blanc : vous devrez donc vous passer de mes lumières sur ce point.
- Très drôle, Monsieur Janabis. Avec un peu d'effort de votre part, je suis sûre que la Cour devra aussi se passer de votre humour de pacotille. Vous étiez donc en train d’expliquer ? »

Janabis eut un petit sourire, balaya d'un regard l'assistance, s'arrêta sur un visage en particulier, et reprit parole. Toutes traces de légèreté moqueuse avaient disparu de sa voix, remplacées par une implacable froideur :

« La première chose à faire était d’écarter l’impossible. Jnst m’avait présenté deux suspects. Il était évident que Cyril seul ne pouvait avoir commis le crime. Pour commencer, il n’avait pas en main la clef permettant l’accès à la chambre.
- Il aurait pu forcer la serrure, entrer par la fenêtre…
- Non, je ne crois pas. Jnst m’avait indiqué avoir préparé une serrure spéciale pour sa chambre – une simple épingle à cheveux n’aurait pas suffi. Quant à la fenêtre, notre hôte avait bien précisé l’avoir verrouillée au petit matin. Cyril aurait pu entrer en cassant le carreau, certes, mais on l’aurait alors remarqué. Non, vraiment, l’accès était condamné. »

Il marqua une pause.

« Je retiendrais un autre élément : le crime a sans nul doute été commis en toute hâte. Tout le contenu du tiroir a été vidé, puis restitué dans sa quasi-intégralité, journal intime – et somme de 500$ – exceptés. En somme, le criminel a tout piqué, fait le tri au calme, avant de se débarrasser du matériel sans importance. Si Cyril avait été le voleur, il avait toute la journée pour agir. Pourquoi ne pas parcourir l’ensemble des documents et n’emporter que ce qui sert sa cause, quelle qu’elle ait pu être ?
- Hum... et Lysine ? A posteriori, on peut dire qu'elle a eu une heure pour agir, mais dans les faits, Jnst pouvait très bien remonter dans la minute – Lysine n’avait aucun moyen de le savoir. Qu’aurait-elle dit si Jnst l’avait surprise sur son lit, à parcourir ses notes les plus intimes ? On peut donc présumer que, coupable, elle aurait agi avec hâte. De plus, elle a eu un accès entier à la chambre de Jnst.
- En effet, seulement voilà : elle n’avait aucun moyen de cacher le butin. Jnst l’a fouillée immédiatement après avoir découvert le crime.
- Et si elle avait caché le magot entretemps ?
- Il a également fouillé tout le manoir. Chaque recoin. Vous ne connaissez peut-être pas Jnst aussi bien que moi, Madame la Procureure, mais je puis vous assurer qu'il n'aurait pas manqué un truc pareil, dût-il soulever chaque latte du plancher.
- Elle a pu avoir un complice. Dissimuler le butin derrière quelque dalle creuse et le laisser filer avec le magot. Le temps que Jnst la soulève, le complice serait déjà loin ! Mieux : Lysine profite de l'heure qu'on lui a allouée pour appeler son complice ; elle lui jette le butin par la fenêtre et disparaît avant même que Jnst ne découvre le crime !
- Ah, voilà qui est intéressant ! Deux théories plausibles, en effet. Seulement voilà, un élément ne coïncide pas. La bague.
- La bague ?
- Le criminel dérobe 5,000$ en grosse coupures - qu'il restitue dans sa quasi-intégralité - quelques documents sans importance et un journal intime, en laissant la bague intacte. Ce crime n'a aucun sens. Comprenez-vous, Madame la Procureur ? ».

Elise fronça les sourcils. Est-ce un vol crapuleux ? Non : l'argent a été presque entièrement restitué ; du reste, n'importe qui aurait volé la bague à 100,000$ en plus la somme de 5,000$. Est-ce qu'on a voulu faire croire à un vol crapuleux ? Non, pour les mêmes raisons. Jnst, s'apercevant que la bague n'a pas été volée, aurait tout de suite compris que ce n'était qu'un leurre. Est-ce qu'on aurait volé tout le contenu du tiroir, à la recherche d'informations compromettantes, quitte à faire le tri entre le matériel pertinent et non pertinent par après ? Non, car on aurait tout de suite su que les grosses coupures n'étaient pas pertinentes. Si on les avait quand même pris pour ne pas que Jnst se doute trop vite que l'on était à la recherche d'informations, on aurait aussi pris la bague.

« En effet, Monsieur Janabis. Force est d'admettre que la bague vient tout remettre en doute.
- C’est justement ce qui en fait l’indice-clef de cette affaire. Quelles qu’aient été ses intentions - vol crapuleux, ou vol déguisé comme un vol crapuleux - le coupable aurait dû dérober cette bague.
- Comment expliquez-vous cela, alors ?
- Dans mon métier, j'ai souvent remarqué que l'explication la plus simple est souvent la meilleure. En l'occurrence, c'est aussi la seule. Si le criminel n'a pas volé la bague, c’est qu’il ne savait tout simplement pas qu’elle était là. À défaut, il l’aurait emportée.
- "Qu’il ne savait pas qu’elle était là" ? Elle trônait bien en vue sur la commode ! Le voleur n’aurait pas pu la manquer !
Difficile à manquer pour quelqu’un comme vous et moi ? Certes. Pas pour une aveugle. »

Elise écarquilla les yeux.

« Vous voulez dire que…
- Je suppose, Madame, je suppose. Fleur entend son père revenir, s’enfermer dans son bureau. Elle attend, je présume, que Lysine descende au rez-de-chaussée. Elle est peut-être aveugle, mais de naissance – elle a donc la faculté de s’orienter, surtout sur un terrain qu’elle connaît bien. Elle avance jusqu’à la porte, tourne la clef déjà dans la serrure, entre. File droit vers la commode, ouvre le tiroir, tâte des mains et remarque une multitude de papiers divers. Elle devine la forme du journal intime, certes, mais elle ne sait pas exactement ce qu’elle cherche. Quel document est important ? Quel ne l’est pas ? Elle n’a ni le temps, ni les moyens d’évaluer la pertinence de chaque élément. Son père – ou la femme de ménage – peut remonter à tout instant. Elle prend tout avec elle, ferme le tiroir et quitte la pièce précipitamment. Elle ne voit pas la bague sur la commode, car, après tout, comment le pourrait-elle ? »

Le détective adressa un regard sévère à l'auditoire.

« Cela expliquerait aussi pourquoi le butin n’a jamais été retrouvé – Jnst a beau avoir fouillé tout le manoir, jamais il ne songerait à fouiller sa propre fille ! Après tout, il a engagé pour elle une romancière comme préceptrice – il se montrait donc très protecteur vis-à-vis de sa fille, voyait sans doute en elle une enfant un peu rêveuse, un peu naïve, donc pas susceptible de commettre un acte comme celui-là.
- Mais… pourquoi aurait-elle fait ça ? Et pourquoi ramener le butin après ?
- Ah… c’est là que ça devient intéressant. Fleur a onze ans. Pourquoi chercherait-elle à fouiller les archives de son père pour débusquer quelque sombre secret ou quelque complot industriel ? Non, si elle a agi comme cela, c’est parce que quelqu’un le lui avait demandé.
- Tiens donc. Et vous avez des idées ?
- Je dois admettre que j’en ai eu, même si je n’ai pas osé les formuler ce jour-là, ne pouvant les étayer avec suffisamment de preuves. Néanmoins, je remarque que Narcisse, malgré la relation tendue qu’il entretenait avec son père, accourt dès que celui-ci lui demande son aide pour une tâche fastidieuse et somme toute un peu inutile. Il a pu profiter de l’absence de son père pour récupérer le journal des mains de sa sœur. Il serait en tout cas en très bonne position pour savoir que le journal intime possédé par son père contenait quelque information susceptible de lui nuire – j’avancerais même qu’il était l'un des seuls à détenir cette information, étant un proche parmi les proches.
- Et vous supposez donc qu’il ait pu demander à sa sœur de dérober le journal et le lui refiler par la suite ?
- Exactement. Et notre petite Arsène Lupin, croyant bien faire et craignant d’oublier un élément important, a tout subtilisé. Je doute cependant que Narcisse ait voulu s’encombrer de tout le magot. Il n’a sans doute gardé que le journal – et a laissé sa sœur se débrouiller avec le reste. Ce qui expliquerait alors pourquoi le tout a été restitué quelques jours plus tard.
- Décision étrange.
- Madame la Procureure, vous connaissez beaucoup de fillettes de onze ans qui volent avec bonheur les documents les plus intimes de leur père adoré ? Elle a pu se sentir coupable. Du reste, elle a sans doute volé tout le tiroir avec l'intention expresse d'y restituer tous les éléments que son frère n'aura pas emportés. »

Elise eut un sourire mauvais.

« Tout, sauf les 500$ ?
- Ah, les 500$, c’est une autre histoire. Peut-être a-t-elle pu vouloir en garder une partie pour quelque dépense, mais j’en doute. D’un, son père était richissime et aurait pu lui payer ce qu’elle voulait ; de deux, elle voulait déjà restituer le fruit de son crime. Pourquoi sa conscience se serait-elle arrêtée aux 500$ ?
- Et donc… ?
- Et donc c’est tout. Il m’a fallu beaucoup de temps pour percer le mystère de ces 500$. Il me manquait une pièce du puzzle, en fait, pièce qui n’est arrivée que bien plus tard. Mais quelle qu’ait été cette pièce, je pouvais du moins supposer que la coupable n’était autre que la propre fille de Jnst, appuyée en cela par son frère Narcisse – et c’est précisément ce que je lui ai dit. »
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Solaris
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MessagePosté le: 24 Avr 2013, 19:46    Sujet du message: Répondre en citant

Gaël

Montréal. 12 mars 1970. 11h29.
Deuxième solution.


Gaël s’ennuyait. Gaël s’ennuyait ferme, même. On lui avait prédit une cause impossible, un travail de titan, un carnage. Un célèbre détective, lui avait-on dit. Un sociopathe dont le génie n’a d’égal que la folie. Pfff ! Un homme tout ce qu’il y avait de plus banal, oui. Et innocent, de surcroît. Y avait-il quoi que ce soit de plus barbant qu’un innocent ? L’avocat réprima un bâillement.

Tu t’es encore engagé trop vite, Gaël. Et là, tu ne peux plus faire marche arrière. Trop coûteux pour ta petite carrière. Bah ! Il se força à reprendre ses esprits et à se concentrer sur les paroles de la procureure.

« … et qu’avez-vous expliqué à Dryss, ce jour-là. Qu’aviez-vous donc compris ?
- Oh, ne me dites pas que vous n’avez pas encore compris, Madame. C’est pourtant si simple ! » Elise eut un sourire narquois.
- J’aimerais vous l’entendre raconter à la Cour et aux jurés, monsieur Janabis, voilà tout. »

Prudence, Janabis, prudence. Celle-là m’a tout l’air de t’engager tout droit dans un piège. Soit qu’il ne vit pas ou qu’il l’ignora à escient, le détective se plia de bonne grâce à la question de la procureure et raconta.

« Eh bien, le problème était celui-ci : un assassin que personne n’avait vu entrer avait tué Narcisse dans un bâtiment hermétiquement scellé – et en était ensuite ressorti sans susciter le moindre soupçon.
- Comment l’avez-vous résolu ?
- Partant de ce constat, il y a une évidence : si la conclusion est impossible, c’est donc que quelque chose cloche dans la prémisse. Si le meurtrier n’a pu entrer sans être vu, c’est donc qu’on l’a vu entrer – et qu’on ne s’en est tout simplement pas formalisé !
- Sauf votre respect, vous parlez chinois, monsieur Janabis. Chamaloow et Maurice ont tous deux surveillé le mausolée sans interruption de l’arrivée de Narcisse jusqu’à la découverte du corps. Personne n’a pu y entrer.
- Mais justement, Madame la Procureure. Vous le reconnaissez vous-mêmes : tous deux ont vu entrer le meurtrier.
- Le… hein ? », fit-elle avec une expression de divine surprise. Prudence, Jana. Tu marches sur des œufs. Son client était cependant tout à son orgueil, trop fier de son acuité pour réaliser peut-être le traquenard dans lequel il allait s’engager.
« Le meurtrier, Madame. Je le soumets sans craindre de me tromper : l’homme que Chamaloow et Maurice ont vu entrer dans le mausolée n’était pas Narcisse, mais bien le véritable meurtrier ! Le Loup-garou en personne, daignant fouler le monde des vivants après dix-sept ans d’absence. Oui, Madame, c’est ce que j’en conclus : Narcisse était déjà mort à vingt-deux heures ! Le Loup-garou n’a donc eu qu’à revêtir ses traits sous l’obscurité, ouvrir la porte avec la clef qu’il lui avait subtilisée auparavant, arranger sa petite mise en scène et se cacher dans l’ombre. Sitôt que Chamaloow et Maurice constatent le décès de Narcisse et filent pour appeler la police, le Loup-garou n’a plus qu’à s’extirper de sa cachette et prendre la fuite ! Qu’en dites-vous, Madame ? »

La procureure était visiblement ravie de cette conclusion ; Gaël grimaça de gêne en voyant le triomphe dans son visage.

« Je trouve ça… très intéressant, monsieur Janabis. Très intéressant, vraiment. Je n’aurais en fait qu’une question pour vous.
- Oui ?
- Comment l’avez-vous déduit ?
- Comment l’ais-je… parce que c’était évident, tout simplement.
- Parce que c’était évident.
- Bon, peut-être pas pour le commun des mortels, mais j’ai l’habitude de résoudre ce genre de colles assez souvent, en fait, même si je dois reconnaître que l’assassin avait beaucoup d’imagina- »

Cette fois, Gaël n’y tint plus :

« Solaris, la ferme. Monsieur le juge, la défense s’objecte aux questions soulevées par la Couronne. Les capacités de déduction de mon client n’ont rien à voir avec l’affaire en cours. »

Ce fut Elise qui répondit :

« Mais au contraire, Maître Gaël, au contraire. Mesdames et messieurs du jury, je suis prêt à avancer devant vous aujourd’hui que les supposées capacités intellectuelles supérieures de l’accusé sont le plus gros paquet de conneries qu’il vous sera jamais donné d’entendre à ce procès, excepté peut-être les objections de mon estimé collègue. Non, mesdames, non messieurs, je soutiendrai que les ‘déductions’ de M. Janabis ne sont appuyées par strictement aucun élément de preuve – et que rien de ce qu’il a vu ou entendu ne lui permettrait de soutenir un tel raisonnement.
- Vous remettez en doute mes théories, Madame ?
- Non, loin de moi cette idée, M. Janabis. Au contraire, puisque vous le dites, c’est que ça doit être vrai, non ?
- J’ai peur de ne pas comprendre.
- Oh, je pense que vous comprenez très bien. Prenons la mort de Narcisse par exemple. Il faut bien que votre théorie soit vraie, puisqu’elle permet d’expliquer comment le Loup-garou s’est introduit dans le mausolée et en est sortie. Mais il faut aussi que votre théorie soit malhonnête, puisqu’aucun indice ne l’étaye. M. Janabis, je trouve votre théorie trop à propos, trop ‘brillante’ pour être naturelle. En un mot comme en cent, M. Janabis, je vous accuse d’avoir imaginé cette théorie tout seul, comme un auteur de polars, puis de l’avoir mise en application sur Narcisse en personne, pour ensuite pouvoir émettre ce ‘brillant raisonnement’ qui est le vôtre et récolter l’estime de vos pairs. Mesdames et messieurs du jury, j’invoque le solarisme !
- … avec tout mon respect, Madame la procureure, vous êtes complètement cinglée. Pourquoi-
- -auriez vous fait ça ? Mais M. Janabis, c’est votre gagne-pain depuis près de vingt ans ! Depuis près de vingt ans, vous vivez de votre réputation, vous êtes celui qui résout les crimes que personne ne peut élucider ! Eh bien moi, je soutiens ici devant vous ce que ne sont que des foutaises. Oh, vous êtes habile, je le reconnais, mais votre génie, c’est plutôt de mettre en scène les situations-mêmes que vous résolvez, pour asseoir votre réputation et assouvir ce que je soupçonne être des penchants narcissiques. Le 29 août, je soutiens que vous êtes revenu à Cap-Chat, village de votre enfance, pour y mener quelque sombre plan nécessitant la mort des quatre personnes que nous connaissons. Histoire que cela serve votre réputation, vous avez imaginé, pour tous quatre, des circonstances impossibles que seul, vous pouviez résoudre. M. Janabis, c’est tout simple : vous êtes le Loup-garou. Celui-ci sévit en ’52 – vous aviez alors dix-sept ans – puis s’éclipse dès votre départ. Il ne refait surface que l’année dernière, le jour-même de votre retour au village ! Que demander de plus, mesdames et messieurs du jury !
- Un peu d’intelligence de votre part serait un début, Madame la Procureure. »

Gaël en avait marre de toutes ces sornettes. Il en avait marre de son client, que la vanité avait conduit dans le piège d’Elise ; marre de la procureure, trop obsédée par la victoire pour se rendre compte que son raisonnement ne tenait pas la route ; marre des membres du jury, qui avalaient gaiement toutes les conneries de l’autre enragée. À l’insulte de Gaël, Elise se retourna vivement, une rage vengeresse éclatant de son visage :

« M. Gaël, vous allez immédiatement-
- Retirer ce que j’ai dit ? Soit. Un peu ‘d’honnêteté’ de votre part serait la bienvenue. Mieux ?
- Mais je ne vous permets pas !
- Oh si, que vous allez me le permettre. Avec tout mon respect, Madame, la théorie de mon client sur la mort de Narcisse n’est franchement… pas très impressionnante. »

Il jeta un regard en coin au détective, qui semblait un peu irrité de voir ses méninges méprisées ainsi. Gaël ne put s’empêcher d’en tirer plaisir.

« Pour être franc, le Loup-garou me déçoit. J’aurais espéré mieux de lui. En vérité, l’explication derrière ce meurtre était à la portée du premier quidam venu. Il n’y avait aucun pouvoir prophétique derrière l’astuce de mon client, juste une capacité élémentaire à reconnaître que certains éléments clochent. »

Il tendit un doigt :
« Un : Narcisse venait tous les vendredis matin poser des fleurs sur la tombe de sa mère. Or, ce ‘Narcisse’-là est venu un vendredi soir. Qui plus est, il est venu le soir même de sa rencontre avec mon client – s’il voulait tant que cette rencontre soit secrète, s’il craignait d’être épié, pourquoi diable faire un détour par le cimetière ?
- Cette lettre n’est qu’un paquet d’âneries inventé par l’accusé pour justifier sa venue au village !
- Cette lettre… nous y reviendrons en temps et lieu. Chaque chose en son temps. Un, dis-je : si Narcisse avait l’habitude de venir le vendredi matin, à l’aube, c’est donc qu’il est selon toute probabilité venu ce vendredi matin-là, à l’aube. Deux : il faisait sombre ce soir-là, et on ne distinguait rien. Cham elle-même admet ne pas avoir été certaine que les fleurs tenues par ‘Narcisse’ étaient des iris – elle l’a simplement pensé parce que c’était Narcisse, justement. Trois : Narcisse – le vrai Narcisse – boitait et apportait des fleurs. Si vous aviez porté attention, vous auriez remarqué que Chamaloow avait décrit Narcisse non pas en terme d’apparence, mais en terme d’action. Il boitait. Portait des fleurs. Or, quiconque peut imiter un boitement. Quiconque peut apporter des fleurs. Le fait que l’institutrice décrive notre homme aussi sommairement indique qu’elle ne l’a pas suffisamment bien vu pour pouvoir le reconnaître. Elle a simplement présumé que c’était Narcisse parce qu’il boitait et portait des fleurs, ce qui était sans aucun doute le plan du meurtrier. »

Gaël s’interrompit un instant, ouvrit une bouteille d’eau laissée sur sa table et en but quelques gorgées.

« Quatre : Narcisse salue Chamaloow et Maurice de la main, chose qu’il ne fait jamais. Pourquoi commencer maintenant ? Non, s’il les a salués, c’est, un, parce qu’il ne savait pas que Narcisse ne saluait jamais ces deux larrons et deux, pour se faire remarquer. Cinq : il refuse de lier conversation avec le vieux couple pour ne pas que sa voix le trahisse. Autrement, pourquoi s’arrêter à un simple salut ? Six : le vieux couple remarque qu’il s’affaire auprès de la serrure – qu’il tente de l’ouvrir avec une certaine agitation. Or, Narcisse visite le mausolée toutes les semaines depuis des années. Il sait où est la serrure et peut l’ouvrir facilement ; si notre visiteur doit prendre quelques secondes pour la trouver – suffisamment de temps pour que Cham et Maurice le remarquent, malgré la noirceur – c’est donc qu’il ne devait pas avoir l’habitude du mausolée, et donc qu’il n’était pas Narcisse. »

Il reprit son souffle quelques secondes, suffisamment longtemps pour se permettre un regard en coin à la mine défaite de la procureure. Bien, se dit-il. J’aurai peut-être réussi à inverser la tendance.

« Mais… monsieur Gaël-
- Je n’ai pas fini. Sept : une odeur nauséabonde s’élevait du mausolée. Or, un corps ne décompose pas en trente minutes à peine. Si le cadavre de Narcisse était en décomposition, c’est donc qu’il était mort depuis quelques heures au moins ! Huit, enfin : ‘Narcisse’ a apporté quelques iris avec lui ce soir-là, sans doute pour prétendre fleurir la tombe.
- Tout autant que le véritable Narcisse, oui.
- Le véritable Narcisse, comme vous dites, venait une fois par semaine fleurir la tombe de sa mère, par affection ou piété filiale. En une semaine, une fleur comme l’iris a amplement le temps de se faner ; en une semaine, les magnifiques pétales deviennent de vieilles choses rabougries, surtout loin du soleil comme dans un mausolée. Pensez-vous réellement qu’un homme comme Narcisse, dévoué au point de venir chaque semaine porter à sa mère ses fleurs préférées, aurait laissé pourrir ces fleurs tranquillement ? Pas très respectueux, si vous voulez mon avis. Non, Narcisse apportait sans doute une gerbe d’iris artificiels, qu’il pouvait laisser sur place sans craindre qu’elles ne se fanent. Or, notre visiteur du soir a, lui, apporté un bouquet de fleurs qui se sont visiblement étiolées en quelques jours seulement. Et puis du reste, qui apporte un bouquet de fleurs sur une tombe ? Une couronne ou une gerbe, je veux bien, mais les bouquets ne sont-ils pas réservés aux mariages ou aux rendez-vous amoureux ? Non, à mon avis, le meurtrier, dans sa hâte, a oublié le matin de partir avec la gerbe apportée par Narcisse. Le soir, il cueille quelques iris dans le coin – je ne serais pas surpris que Narcisse en ait un jardin – pour tromper Chamaloow et Maurice, entre dans le mausolée, se cache hors de la vue du couple et quitte les lieux avant l’arrivée de la police, reprenant au passage la gerbe de Narcisse, histoire d’éviter toute contradiction indue. Voilà, mesdames et messieurs du jury, comment on perce à jour un crime comme celui-là. Pas avec des pouvoirs mystiques ou une capacité de déduction inouïe, mais simplement avec un peu d’observation. »

Abandonnant à son sort une Elise médusée et un public conquis, Gaël s’en retourna simplement à son siège, adressant un dernier petit regard satisfait à son client qui ne put s’empêcher de sourire. L’espoir n’est peut-être pas définitivement perdu, finalement. Et qui sait, avec un peu de chance, j’arriverai peut-être même à m’amuser !

Il parcourut des yeux l'auditoire avant de reporter son regard sur Janabis. N'empêche, tout cela ne nous dit *qui* est le Loup-garou. J'espère sincèrement que tu gardes cette carte dans ta manche, cher ami, car si on n'est pas capable de présenter un coupable crédible en lieu et place de ta pas-si-sympathique tronche, toutes les explications du monde ne sauront convaincre qui que ce soit.
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Solaris
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MessagePosté le: 02 Mai 2013, 18:18    Sujet du message: Répondre en citant

Solaris
Montréal. 2 mai 2013. 13h18.
Troisième solution.


La solution à l'énigme du jour était plus délicate et profonde qu'il n'y paraissait peut-être à première vue. Un détail pour commencer : beaucoup d'entre vous ont imaginé que le Loup-garou s'est introduit dans l'église avant 9h par la porte du couloir funéraire (certains ont présumé qu'elle n'était pas verrouillée, d'autres ont supposé que le loup-garou avait volé la clef). Dans ma tête, j'avais déjà supposé que cette solution était impossible ; toutefois, j'avais oublié de préciser que toutes les issues de l'église (incluant le couloir, donc) étaient effectivement verrouillées à triple-tour jusqu'à l'ouverture des portes. De fait, je ne pouvais donc pas vous pénaliser pour cet élément et ai accepté tous les raisonnements se fondant sur cette prémisse.

Voici maintenant ma réponse - et les éléments qui auraient dû vous mettre sur la piste!

1°) Premier réflexe que vous auriez pu avoir : récolter toutes les infos disponibles sur la victime. Dans la première vignette, on trouve notamment ça :


Citation:
Le prêtre avait maintenant soixante-dix ans bien sonnés ; ses sermons n'étaient plus donnés que d'une voix monocorde, le dos voûté sur son pupitre, sa chevelure ayant depuis longtemps perdu le blond de sa jeunesse et les rides ayant achevé de creuser son visage.


Regardons ensuite l'état du corps pour voir si quelque chose ne colle pas :

Citation:
Dans une mise en scène macabre, on avait posé la tête à quelques pas à peine du corps, comme si elle observait la scène.

[...]

Le détective plissa les yeux. Un peu de sang s'était écoulé d'une large entaille près du coeur et avait coagulé sur une touffe de poils de torse noirs parsemés de gris. Le reste du corps semblait dépourvu de sang.


Osu était un ancien blond, mais le corps était pourvu de poils "noirs et gris". De plus, le prêtre ayant 70 ans, on aurait pu présumer que les poils en question aient été blancs - aussi blancs que ses cheveux actuellement (ancien blond). Pourquoi donc le corps aurait-il été pourvu de poils noirs ? Hypothèse : le corps et la tête ainsi disposés provenaient en fait de deux victimes différentes ! Voilà qui expliquerait cette contradiction somme toute étrange. Cela explique-t-il d'autres éléments ?

Citation:
Voyez-vous, nous avons conduit quelques tests sur l'état de la dépouille - étude de l'état du coeur et de l'estomac, prélèvements de peau au niveau des jambes et du bras restant. Les médecins-légistes sont formels : Osuniev est mort avant 11h30.


Remarquez que les tests en question ont tous été effectués au niveau du corps d'« Osuniev », pas de la tête (qui est bien celle d'Osu). C'est donc la 2e victime qui est morte avant 11h30 ! Précisons notre hypothèse :

- Le Loup-garou tue la 1re victime avant 11h30 à un endroit quelconque accessible en tout temps.
- Il tue Osuniev après 11h35, au moment où la nef est déserte et où il peut donc accéder sans souci à la chambre de la victime.

Mais quelle est donc cette première victime ?

2°) Bon, il n'y avait pas 36 solutions ; votre premier réflexe aurait dû être ici de songer à sSerenity. Voyons voir si la chose est appuyée par des éléments de l'enquête...

Citation:
Oh, pendant que vous serez à la messe, j'irais bien m'enfermer avec le pauvre Narcisse, histoire de présenter mes respects à un ami sans être dérangé par des badauds qui lui ont peut-être adressé deux mots dans leur vie.


De la première conversation entre les deux hommes, on découvre que sSerenity compte s'enfermer dans le salon funéraire (et donc loin des regards importuns) pendant toute la durée de la messe. Facile, dans ce cas, pour le Loup-garou d'aller le tuer pendant ce laps de temps - cela lui serait d'autant plus facile s'il n'a pas pris part à la messe en question. On pourrait même imaginer un scénario où le loup-garou l'a tué tout en assistant à la messe :

Citation:
La messe avait été horriblement longue - j'ai bon souvenir d'avoir vu au moins la moitié du village se lever et quitter la pièce successivement, tantôt pour aller uriner dans les toilettes du salon funéraires, tantôt pour aller fumer une clope au-dehors. Pendant tout le temps qu'a duré la messe, ceux-là ont donc tous eu l'occasion d'agir en toute liberté, sans être vus, tant que durait la messe.


Bon, l'opportunité est donc là, mais il nous manque toujours des preuves étayant définitivement notre théorie de départ. Voyons la suite :

Citation:
Plus très jeune, à en juger par ses tempes poivre et sel, quoiqu’encore bel homme, sSerenity avait un regard pondéré, réfléchi qu’il abritait derrière d’épaisses lunettes carrées. Chacun de ses gestes, chacune de ses paroles étaient délibérées.


Citation:
Le détective plissa les yeux. Un peu de sang s'était écoulé d'une large entaille près du coeur et avait coagulé sur une touffe de poils de torse noirs parsemés de gris. Le reste du corps semblait dépourvu de sang.


Tiens donc : sSerenity a des cheveux de la même couleur que les poils trouvés sur le corps ! Coïncidence intéressante ! Voyons la suite, cette fois dans cette conversation entre sSerenity et Ysengrain :

Citation:
- Doutez tant que vous voulez – je fais son eulogie, tout à l'heure. Jnst aurait-il laissé un parfait inconnu parler de son fils à ses funérailles ?


sSerenity était donc censé présenter un discours aux funérailles de Narcisse. Pourtant, plus tard, lors de la cérémonie, seules Ysengrain, Fleur et Jnst parlent - aucune trace de sSerenity, qui aurait pourtant dû être là. Cette absence était un indice en soi : si les choses s'étaient déroulées normalement, il aurait été présent et aurait pris la parole dans le "long silence" ayant suivi le discours d'Ysengrain.


Citation:
Puis vint son propre discours. Ysengrain raconta l'histoire de leur rencontre, expliqua comment, de simples amis, ils s'étaient peu à peu rapprochés au fil des ans. Au bout d'un moment, submergée par l'émotion des dernières semaines, elle finit par s'interrompre, incapable de continuer. Elle sentit Fleur brasser l'air à ses côtés et tâtonner jusqu'à trouver sa main, qu'elle serra très fort dans les siennes. Plus personne ne parla.

Après un long silence, Jnst ouvrit la bouche à nouveau.


Autre élément intéressant :

Citation:
- À vrai dire, je suis un peu là incognito [...]. Je repars à Montréal incessamment.


S'il était là incognito - et s'il habitait réellement Montréal - on peut comprendre que personne au village, ou presque, ne se soit formalisé de sa disparition.

Dernier point à charge, qui était cette fois censé vous aiguiller sur la bonne piste :

Citation:
Qui plus est, on avait découpé le bras droit d'Osuniev à partir du coude.

- Vous avez retrouvé le bras manquant ?
- Non, pas la moindre trace.
- Bizarre... ce n'est pas son M.O. habituel. Normalement, il découpe un pied ou une main, mais il ne les fait pas disparaître complètement.


Pourquoi avoir agi comme ça ? Si le corps appartient en fait à sSerenity, on trouve soudain une explication dans les faits :

Citation:
Le détective pivota en direction de la voix. À ses côtés, appuyé nonchalamment sur une canne, se tenait un homme d'âge mûr, un fin sourire sur les lèvres, qui lui tendait une main gantée. En la serrant, Von Nabis ne put s'empêcher de remarquer qu'il y manquait un doigt.


Normalement, quand on serre la main de quelqu'un, c'est la droite qu'on tend. Or, c'est le bras droit de la victime qui a été découpé et jeté. En guise de confirmation et pour vraiment attirer votre attention sur ce point (je suis trop bon, je sais ^^) :


Citation:
Il renifla bruyamment et se frotta le nez de la main. Ysengrain ne peut s’empêcher de remarquer qu’il lui manquait un doigt.


Si le Loup-garou avait laissé le corps tel quel, nos deux détectives auraient immédiatement compris l'arnaque (et donc, s'est dit le Loup-garou, la police également) - ils auraient alors vu qu'il manquait un doigt à la main du cadavre et auraient pu en déduire qu'il s'agissait de sSerenity. Même la police aurait pu comprendre. De fait, il a donc enlevé l'élément en question pour ne pas que ça paraisse (pourquoi a-t-il coupé à partir du bras ? Sans doute parce qu'une simple main qui disparaît aurait pu justement attirer l'attention sur la main en particulier).

À partir de là, je crois que vous pouviez présumer sans craindre de vous tromper que la tête appartenait à Osu et le corps à sSeren. Reste à fixer les détails de leur mort respective. Commençons par sSeren.


3°) Après la fin de sa conversation avec Ysengrain, on peut présumer qu'il a mis à exécution son intention d'attendre la fin de la messe seul dans le salon funéraire, dans la petite pièce en "A" sur le plan. (Puisqu'il parle de 's'enfermer' avec Narcisse, c'est donc que cette salle pouvait se fermer et verrouiller).

Quelques temps après que sSeren soit arrivé dans la pièce, le Loup-garou y pénètre, ferme/verrouille la porte derrière lui et le poignarde. Reste à cacher le corps.


Citation:
Tournant la tête en direction de l'église, Von Nabis vit enfin quatre hommes émerger du salon funéraire, portant le cercueil du défunt à bout de bras.

[...]

Le front perlé de sueur, le visage rougi par l'effort, les quatre hommes eurent tôt fait d'atteindre le fameux mausolée où reposerait Narcisse pour l'éternité.


On sait qu'ils étaient quatre à porter le cercueil et qu'il faisait froid ce jour-là. Pourtant, nos quatre larrons sont tous couverts de sueur. Comment expliquer cet état de fait ? On peut simplement présumer que le Loup-garou a dissimulé le cadavre de sSerenity dans le cercueil de Narcisse et fait transporter le corps jusqu'à sa destination finale.

"Mais, Solaris, que serait-il arrivé si on avait ouvert le cercueil ?" Réponse :


Citation:
Jnst avait au moins consenti - cadavre défiguré oblige - à ce que la cérémonie se déroule à cercueil fermé.


Le Loup-garou était donc certain de pouvoir mener son plan à bien.



4°) La mort d'Osuniev. Aurait pu survenir à n'importe quel moment entre 11h35 (Jnst et les autres quittent la nef) et 12h15 (Ysengrain entre dans la chambre d'Osu). La victime étant un vieillard de 70 ans, au dos voûté, l'assassinat en soi ne devrait pas être trop compliqué. Reste à cacher le corps. D'un naturel serviable, j'ai tenté d'attirer votre attention sur un élément de la pièce :

Citation:
Une large armoire ornée d'une serrure d'argent - bel et bien verrouillée, cette fois-ci, s'assura-t-elle après vérification - trônait au côté d'un grand miroir et de quelques portraits pieux.


Pourquoi aurais-je inséré cette large armoire dans le texte - armoire dont Ysengrain a même pu vérifier qu'elle était verrouillée - si elle n'était pas importante ? En l'occurrence, on sait qu'elle est large - on peut donc y cacher un corps - et qu'elle était verrouillée. Poursuivons notre lecture :


Citation:
Ses yeux se portèrent enfin sur les quelques tiroirs de la commode posée près du lit. Elle en ouvrit quelques uns, sans grand résultat, jusqu'à ce qu'elle tombe sur une pile de clefs éparses, toutes identifiées au moyen de tags épars. 'Porte d'entrée', put-elle lire, 'Argent de la quête' (sans doute destinée à ouvrir la petite boîte où les fidèles déposaient leurs avoirs), 'Chambre' et 'Cloître'. [...] Reposant les quatre clefs dans le tiroir, elle quitta la pièce, non sans jeter un dernier regard sur les lieux.


On sait donc qu'il y a en tout quatre clefs dans ce tiroir - et qu'aucune d'entre elles ne sert à ouvrir l'armoire. Le mec a laissé la clef de la quête dans sa commode - pourquoi aurait-il pris la peine de dissimuler la clef d'une simple armoire ailleurs ? Si elle n'y est pas, c'est donc que quelqu'un d'autre l'a emporté - le Loup-garou, qui y a dissimulé le corps et ne voulait donc pas que des curieux ouvrent la porte et découvrent le pot-aux-roses. Qui songerait d'ailleurs à défoncer la porte d'une armoire pour trouver quelqu'un qui aurait simplement disparu ?



Bref, résumons le déroulement du crime depuis le début :

- Après la fin de la conversation avec Von Nabis et Ysengrain, sSerenity attend dans le salon funéraire.
- À un moment indéterminé, mais avant 11h30, le Loup-garou entre dans la pièce, verrouille la porte, le poignarde et cache le corps dans le cercueil. S'il y a eu du sang, il a pu nettoyer grâce aux toilettes voisines.
- Entre 11h35 et 12h15, le Loup-garou s'introduit dans la chambre d'Osuniev par la nef maintenant déserte, le tue et cache son corps dans l'armoire. Il emporte la clef pour qu'on ne découvre pas le crime.
- Tout se déroule comme prévu. À 11h50, Jnst et les autres traînent le cadavre jusqu'au mausolée. À 12h15, Ysengrain examine la chambre d'Osu, mais ne parvient pas à ouvrir l'armoire et ne découvre donc pas le corps.
- Le soir venu, le Loup-garou revient sur les lieux maintenant bien déserts. Il entre dans la chambre d'Osu, ouvre l'armoire et décapite le cadavre. Il se débarrasse du corps (en le jetant dans l'eau par la fenêtre, ou en l'enterrant dans le cimetière voisin, au choix) et n'emporte que la tête.
- Il se dirige vers le mausolée, ouvre le cercueil de Narcisse, décapite le corps de sSerenity et prépare sa petite mise en scène. Il n'aura plus qu'à emporter la tête de sSeren et s'en débarrasser pour que la boucle soit bouclée. Le lendemain, il envoie une lettre anonyme à Bixive pour attirer la police sur les lieux.

Voilà donc comment le Loup-garou a pu commettre son forfait. ^_^
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MessagePosté le: 10 Mai 2013, 07:46    Sujet du message: Répondre en citant

Le Meneur
Montréal. 10 mai 2013. 1h53.
Quatrième solution.


Celle-là était beaucoup plus simple que la dernière, mais un brin vicieuse quand même. Histoire de vous préparer à la dernière énigme (qui approche d'ailleurs à grands pas), j'ai ajouté une petite dose de fausses pistes et d'éléments non pertinents destinés à vous faire soit perdre votre temps, soit vous induire en erreur. À vous de démêler le vrai du faux.

Comment vous y prendre ? Eh bien, vous auriez pu commencer par séparer les indices pertinents des vrais trucs idiots. Exemple : les moisissures à la 2e allée - clairement pas pertinentes, sachant qu'elles n'endommagent pas les coffres. Du coup, vous savez que vous n'avez pas besoin de vous y attarder. C'est un simple élément descriptif - quelque chose qui n'influe pas sur le cours de l'énigme et que vous pouvez donc ignorer.

Mais trêve de bavardages, passons aux choses sérieuses ! Il y avait deux moyens de résoudre cette énigme : 1) trouver la seule hypothèse plausible satisfaisant toutes les phrases en gras (i.e. écarter l'impossible), puis voir si elle est étayée par les indices, ou 2) relever les indices pertinents et faire des liens entre eux pour mettre en évidence le M.O. du coupable. En l'occurrence, je vais utiliser la 2e méthode ici.


Les indices pertinents

Citation:
Le détective passa un doigt sur le dessus immaculé du coffre, essayant d’identifier quelque faille, quelque point faible. Il eut beau le tourner dans tous les sens, cependant, il n’y vit aucun défaut. Il semblait même que le coupable l’ait nettoyé et astiqué avec un soin infini, spécialement à leur intention – la surface était en effet luisante de propreté.


Pourquoi a-t-on jugé bon d'astiquer soigneusement le coffre ?

Citation:
La première allée est située au-dessus d’une canalisation d’égout, ce qui comporte son lot de risques. On a d’ailleurs eu droit à une rupture de la canalisation la semaine dernière : on pataugeait dans l’eau souillée tout le long de la première allée ; je ne vous raconte pas le dégât – et l’odeur !
- Hmm.
- La deuxième allée, c’est plutôt un problème de moisissures. Oh, rien qui soit susceptible d’endommager les coffres – de quelque manière que ce soit – mais on n’en est pas tout à fait fier. La troisième allée est infestée par une colonie d’insectes ; ils se sont terrés quelque part entre deux colonnes de coffres, et du coup, impossible de les déloger !
- Et la cinquième allée ?
- La cinquième allée est un peu moins sécuritaire. C’est celle qui est la plus éloignée de l’entrée ; du coup, comme les agents de sécurité doivent accompagner en permanence les clients qui pénètrent dans la salle des coffres pour retirer leurs biens – un client à la fois s’il y en a plusieurs, les autres patientant à l’extérieur – on n’aime pas trop qu’ils soient à ce point éloignés de la porte d’entrée.


Gros paragraphe de détails insipides et non pertinents, et pourtant, je l'ai inclus. Pourquoi donc ? A priori, il doit donc y avoir un élément important dans tout ce fouillis, élément que j'ai enfoui derrière un lot de paroles en l'air pour ne pas que vous deviniez trop facilement.

- Les moisissures ? Bof.
- Les insectes ? Vous rigolez.
- Cinquième allée éloignée de l'entrée ? Déjà potentiellement plus intéressant.
- Rupture de canalisation la semaine dernière ? A priori banal, mais c'est un événement précis survenu à peu près au moment du crime. Peut être pertinent.



Citation:
- J’étais fou de douleur. Et puis… et puis le soir, à la taverne, en compagnie de quelques proches de Narcisse, de mes proches à moi et des habitués du coin, j’ai claironné le nom de la banque où j’avais caché ce qu’il me restait de mon passé. J’étais plutôt ivre à ce moment-là. Je crois… je crois même avoir donné le numéro du coffre, par défi ou par connerie.

Citation:
Le Loup-garou ... a fait parvenir ses instructions à une seule personne seulement


On sait que le Loup-garou a planifié le crime à distance, avec seulement les infos suivantes :

1. Le nom de la banque où Jnst avait caché sa bague.
2. Le numéro du coffre de Jnst.
3. Les infos habituelles qu'on pouvait obtenir sur le fonctionnement des lieux par un simple coup de téléphone.


Citation:
C’était une boîte en métal rectangulaire, solide comme le roc, faisant à peu près 50x50x30 centimètres, en apparence identique aux 9999 autres. À l’avant étaient gravés, bien en vue au centre du coffre, les chiffres ‘6800’. Entre le ‘8’ et le premier ‘0’ figurait une serrure assez complexe. Enfin, dix petites roues chiffrées* avaient été disposées en deux rangées de cinq – l’une au-dessus du numéro du coffre et l’autre, en-dessous.


Enfin, la description du coffre. Notez bien qu'il est parfaitement symétrique, numéro excepté.



Liens entre les indices

1. Le coupable a dû soigneusement astiquer le coffre <---------> Un événement est survenu une semaine avant la découverte du crime ayant gravement sali tous les coffres situés sur la première rangée.

2. Le coffre est parfaitement symétrique, numéro de coffre excepté <----------> Le Loup-garou (le cerveau du crime) connaissait le numéro du coffre de Jnst et a imaginé un stratagème à partir de là.



Poussons le raisonnement plus loin

Il y avait deux angles d'attaque possible :

1) Krysta est la coupable. Elle détient la clef du coffre. Le crime est donc possible si elle peut l'ouvrir sans éveiller les soupçons de l'agent de sécurité.

2) Zorélie est la coupable. Elle peut dérober la bague sans éveiller les soupçons. Le crime est donc possible si elle parvient à ouvrir le coffre sans clef et sans combinaison.

Quel angle d'attaque est le plus intéressant ? On sait que le Loup-garou a planifié le crime : on sait donc que le vol n'était pas fortuit. Or, j'ai beaucoup de difficulté à imaginer une solution où Krysta serait la coupable sans qu'elle ait bénéficié de la faveur du hasard. Le Loup-garou aurait-il vraiment pu imaginer dès l'abord un stratagème permettant de tromper la surveillance de l'agent de sécurité ? Puisqu'il s'agit d'un être humain - de par nature imprévisible - j'en doute.

Le 2e angle d'attaque - Zorélie coupable - est donc bien plus intéressant (et bien plus aisé à planifier et préparer - puisque la dose d'imprévu est alors minime). Du coup, la question centrale : comment Zoré a-t-elle pu ouvrir le coffre sans la combin' et sans la clef ?

En fait, la clef de l'énigme est ici. Avec cette petite phrase, j'entretiens l'illusion qu'il n'y a que deux moyens d'ouvrir le coffre (combin' et clef), mais il y en a en fait un troisième, en apparence si pénible, si ennuyeux, si peu pratique que Zoré ne peut y avoir recouru (vous dites-vous).

Citation:

- Et si le client perd la clef ?
- Oh, là… c’est plus complexe. Ça arrive plus souvent qu’on ne pourrait le penser, en fait. Dans ce cas-là, on lance de longues procédures pour vérifier l’identité du client. Si, par exemple, M. Jnst s’était présenté à la banque en ayant perdu sa clef ET sa combinaison, on aurait vérifié que le M. Jnst souhaitant récupérer ses biens était le même que celui les ayant déposés, quelques semaines plus tôt. On aurait ouvert une enquête, lancé des investigations, comparé nos infos avec l’état-civil, etc. etc. C’est plutôt pénible pour la personne. Au bout de quelques jours, voire de quelques semaines, si on juge que tout est en ordre, on appelle un serrurier professionnel sur place pour qu'il nous construise une autre clef.
- Une erreur est-elle possible ?
- Non. Si le moindre doute existe, on interdit l’accès au coffre. Mieux vaut se rappeler de sa combinaison ou, à défaut, ne pas perdre sa clef !


Cette méthode d'ouverture du coffre est présentée en long, en large et en travers comme infaillible par la directrice, mais franchement, à bien y penser, n'y a-t-il pas là une faille aisément exploitable ? Réfléchissez-y un peu ; associez les indices entre eux : la solution devrait être évidente.



La solution


Quelque temps après la mort de Narcisse, Jnst réserve le coffre #6800 et y dépose sa bague. Krysta et Zorélie sont les seules à être au courant. Puis, quelques semaines plus tard, le même Jnst dévoile stupidement avoir caché sa bague inestimable dans le coffre #6800 de la Banque de Krysta. Le Loup-garou l'entend et mijote un plan. Il passe un coup de fil à la Banque pour obtenir des infos sur le fonctionnement des dépôts et des retraits, puis envoie une lettre anonyme à Zoré, sachant que celle-ci est pauvre et ne résistera sans doute pas à l'idée de voler une bague estimé à plusieurs centaines de milliers de dollars.

Suivant les instructions du Loup, Zoré se réserve le coffre #0089. Puis, ayant pris possession de son bien, elle profite d'un moment de solitude pour inverser la position du coffre #6800 (Jnst) et le sien. Il lui suffit pour ce faire d'inverser le sens des coffres : "6800", à l'envers, devient "0089" ; la symétrie du coffre complète l'illusion.

Elle attend un petit moment, puis se présente devant les autorités concernées et prétend avoir oublié sa combinaison et perdu sa clef. Hop, on mène une enquête méthodique pour s'assurer que Zoré est bien la propriétaire du coffre #0089 (elle l'est). Satisfait, on dépêche alors un serrurier sur place qui fabriquera une nouvelle clef à partir de la serrure du coffre... #6800. Zoré n'aura plus qu'à ouvrir le coffre grâce à sa nouvelle clef, subtiliser la bague, insérer le petit mot et fermer le tout, avant d'échanger une fois de plus la position des coffres.

Entretemps, elle rencontre néanmoins un petit problème : la canalisation d'égout dans la première allée s'est rompue et a complètement sali le plancher de cette même allée.


Citation:
Ils parvinrent enfin devant le coffre #6800, situé au sommet d’une colonne s’étendant de 6800 à 6809.


Tiens donc : les coffres se terminant par le chiffre 9 sont situés au ras du plancher. On peut donc en conclure que le faux coffre 0089 (en réalité 6800) a été irrémédiablement sali par un reflux d'égout. Afin de ne pas vendre la mèche en replaçant un coffre sale et puant dans une allée propre, Zorélie a donc dû nettoyer de fond en comble le coffre en question.

Le Loup-garou a sans doute prévenu Zoré qu'il comptait envoyer sa lettre le vendredi 10 octobre ; il y a donc fort à parier que l'agente de sécurité a pris la fuite avec le butin le matin-même. Avec un peu de chance, elle est peut-être déjà loin !


Le piège


J'avais fait état sur le topic de la nuit d'un piège que j'avais préparé pour vous induire une erreur ; il est ici :


Citation:
- Voilà, j’ai terminé. Madame, si vous voulez bien procéder à l’ouverture… ? Je ne suis pas trop familier avec le mécanisme, n'ayant opéré la chose qu'une seule fois par le passé.

Krysta hocha la tête et actionna un levier situé à l’avant du coffre. La porte s’ouvrit lentement. Avant que quiconque d’autre ait pu voir l’intérieur, la directrice, postée juste devant l’ouverture, eut un cri d’effroi et plongea la main à l’intérieur. Elle en sortit un petit papier plié en deux. ‘Avec les compliments du Loup-garou’. Il n’y avait, bien sûr, plus aucune trace de la bague.


Techniquement, rien n'empêchait Krysta de dérober la bague à ce moment-là : laisser Jnst ouvrir le coffre, couvrir l'ouverture de son corps et subtiliser la bague au nez et à la barbe de Von Nabis ; nul besoin de s'embarrasser de stratagèmes tirés par les cheveux ! Du coup, je m'attendais à ce que certains d'entre vous bondissiez sur cette possibilité pour expliquer le vol.

Le hic : tout le monde pénétrant dans la salle des coffres est minutieusement fouillé tant à l'entrée qu'à la sortie. Je mentionne par ailleurs que la sortie de la salle des coffres s'était faite "selon le protocole habituel". Du coup, même si Krysta avait pu voler la bague à ce moment-là, elle se serait trahie à la sortie.

Deuxième piège, peut-être un peu insidieux : le choix des pseudos. On connaît tous le fameux "Zorélouve", i.e. la tendance qu'a Zorélie a être toujours, toujours louve. Du coup, je me suis dit qu'en l'incluant dans l'énigme, les gens seraient spontanément portés à soupçonner Krysta ("Pffff! Solaris cherche clairement à nous faire soupçonner Zoré, mais c'est trop gros!").
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MessagePosté le: 22 Mai 2013, 04:20    Sujet du message: Répondre en citant

Moi-même
Montréal. 21 mai 2013. 23h20.
Cinquième solution.


Celle-ci était vraisemblablement un peu moins ardue que les dernières, mais nécessitait néanmoins une attention méticuleuse à certains détails infimes. En l'occurrence, je vous ai lancé un million de détails inexplicables et a priori impossibles ; plutôt que d'imaginer des stratagèmes terriblement complexes, il valait mieux aller direct à l'explication la plus simple : le coupable ment, ce qui explique à peu près tout.

A priori, le problème est le suivant : Enaëlle s'enferme dans son bureau à 17h30. Elle verrouille derrière elle à 19h30 et rejoint sa chambre illico. À 20h14, le meurtrier appelle le commissariat sous les yeux de Tristana et Milambar sans que ceux-ci ne le remarque. À 20h30, on découvre le corps de la victime dans le bureau qu'elle a pourtant quitté une heure plus tôt sans y être revenue.

Pourquoi la solution la plus simple est parfois la meilleure :
Flèche Enaëlle a pu se téléporter de la chambre au bureau parce qu'elle... ne l'a jamais quitté.
Flèche Le coupable a pu contacter la police au nez et à la barbe de Tristana/Milambar parce que... le coup de téléphone n'a jamais eu lieu.

L'explication : Cette fois-ci, j'ai voulu essayer un truc que je n'avais pas encore tenté dans ces énigmes jusqu'à maintenant : un meurtre en chambre close survenu après que le "meurtre" ait été découvert. Le problème est le suivant : le meurtre n'a pas pu être commis avant l'arrivée de la police, puisque la victime est morte après 19h35, heure où le bureau a été sous supervision constante. A priori, cela semble impossible. Il y a pourtant une explication fort simple : et si la police elle-même était le meurtrier ?

De fait, l'énigme se résolvait en deux étapes/postulats, la première étant de loin la plus ardue.




1°) Dryss et Tristana étaient complices.


Citation:
Avec Tristana, par contre… je crois que c’est depuis qu’elle s’est fait son nouveau copain, une sorte de blanc-bec de trois ans son cadet. Je ne l’ai jamais rencontré, mais Enaëlle l’avait pris en grippe et depuis, mère et fille ne se parlaient presque plus.


Tristana s'est fait un copain de trois ans son cadet. La liste des personnages nous apprend qu'elle-même a 24 ans et que Dryss a 21 ans. Étrange coïncidence que voilà ! Continuons.

Attitude de Milambar par rapport à Dryss :


Citation:
Un agent nous explique que le commissariat a reçu un coup de fil anonyme du Loup-garou [...]
[...] l’agent de police fonce dans la chambre, à l’étage, mais ne la trouve pas.
[...] l’agent de police redescend au rez-de-chaussée [...]


Attitude de Tristana vis-à-vis de Dryss :

Citation:
Vers 20h30, on sonne. J’ouvre : ‘Police’, me lance-t-on à la cantonade. Dryss débarque et nous prévient que le commissariat a reçu un appel du Loup-garou [...]
[...] j’aide Papa à se déplacer jusqu’à l’escalier pendant que Dryss fonce à l’étage voir si tout est en ordre. [...]
[...] Dryss redescend, enfonce la porte.


Tristana appelle Dryss par son prénom, tandis que Milambar l'appelle simplement "Monsieur l'agent" ou "L'agent". N'est-il pas plus normal d'appeler un agent de police par sa fonction ? L'appeler par son prénom n'est-il pas quelque peu irrespectueux ? Vous noterez par ailleurs ces quelques petits bouts de phrase prononcés par Ysengrain, censés attirer votre attention sur ce point particulier :

Citation:
Votre enthousiasme à ma présence me touche sincèrement, M. le commissaire, mais il n’a pas jugé utile de faire le déplacement. [...]
M. Dryss – Monsieur l’agent, je veux dire – c’est vous qui étiez de service au commissariat ce soir-là, pas vrai ?


Enfin, un dernier indice particulièrement vicieux, mais tout à fait pertinent, avait été dissimulé dans le dernier intermède :

Citation:
Plus loin sur sa droite, Von Nabis put reconnaître l’agent Dryss, assis près de la fenêtre, discutant à voix basse avec une jeune femme aux cheveux noirs bouclés.


Comparons maintenant au texte de l'énigme :

Citation:
Elle reconnut Tristana, jeune fille de 24 ans dont le visage était cerné de longues boucles noires


Ouaip : pendant le dernier intermède, Dryss et Tristana planifiaient leur crime en direct. Notez comment le changement de narrateur aide ma cause : si Von Nabis avait été là, il aurait derechef reconnu Tristana comme la fille qu'il avait vue ce soir-là ; comme la cinquième énigme était narrée par Ysengrain, pas présente ce soir-là, j'ai pu maintenir l'illusion. Par ailleurs, vous noterez que Von Nabis avait quitté le village depuis 17 ans : il n'aurait donc pas pu reconnaître Tristana qui n'avait, le jour de son départ, que sept ans à peine.

Bref, je juge que vous en aviez suffisamment pour faire le lien entre les deux personnages. À partir de là, la solution s'écrivait d'elle-même.




2°) Enaëlle a été tuée par Dryss à 20h30 avec la complicité de Tristana.


Déjà, on sait qu'Enaëlle ne verrouille son bureau que lorsqu'elle n'y est pas - et elle y était jusqu'à au moins 19h30. De plus, Milambar nous annonce qu'il a piqué un petit somme entre 17h30 et 18h30. Pendant cette heure-là, il était alors très simple pour Tristana d'entrer dans le bureau sous un prétexte quelconque, d'assommer sa mère et de la ligoter/baillonner quelque part dans la pièce. Elle emprunte la clef du bureau à sa mère et verrouille la porte. Vers 18h30, elle réveille son père et prépare le dîner. À 20h30, son copain Dryss arrive ; elle lui refile la clef ni vu ni connu quand ils sont encore dans le hall (notez comment le hall forme un angle mort avec le reste de la maison : Milambar ne peut rien voir depuis son fauteuil dans le salon). Dryss fait mine de chercher à l'étage supérieur, puis redescend enfoncer la porte. Il n'aura plus qu'à poignarder Enaëlle pendant que Tristana fait semblant de découvrir le cadavre.

Il ne reste donc que deux détails à régler : quid de la "téléportation" d'Enaëlle ? Quid du coup de téléphone ?


Milambar a écrit:
Je n’ai presque pas quitté ce divan – celui-là même sur lequel je suis assis – si ce n’est pour dîner avec ma fille vers 19h35.

Citation:
Ysengrain s’assit bientôt en face à Milambar, sur un divan. Dehors, elle entendait le vent rugir par la fenêtre située juste derrière son dos.


Reportez-vous au plan de la maison. Si Ysengrain avait la fenêtre dans son dos, c'est donc que Milambar était assis sur le fauteuil faisant face à la fenêtre. De cet angle, il lui est donc impossible de voir ce qu'il y a en arrière de lui sans se retourner ; or, il est paralysé et ne peut donc pas se retourner sans grande difficulté. Explication toute simple à la téléportation d'Enaëlle : elle n'a jamais quitté son bureau (d'ailleurs, elle y était ligotée et baillonnée). Tristana a simplement fait mine d'appeler sa mère pour faire croire qu'elle était là. Vous noterez que sa mère n'a pas prononcé un mot avant de monter l'escalier - tout simplement parce qu'elle n'était pas là. ^^

Le coup de téléphone ? Tout simplement inventé par Dryss, qui annonce par ailleurs à Ysengrain que le commissariat ne garde aucune trace des appels reçus. Facile du coup de prétendre à un coup de téléphone. Pour les férus de romans policiers, le dernier intermède pouvait là encore vous venir en aide :


Citation:
Von Nabis soupira, fixant sa sole meunière d’un regard absent. Il était attablé au ‘Matou’, le bistrot du village. Loup-garou oblige, l’établissement était presque vide, n’eût été de deux ou trois clients qui tentaient obstinément de mener une existence à peu près normale. À la table voisine, une femme avait le nez plongé dans ‘Le Meurtre de Roger Ackroyd’.


J'avais pourtant bien précisé que cet intermède était important ! ^^
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MessagePosté le: 01 Juin 2013, 05:33    Sujet du message: Répondre en citant

Le JEQ
Montréal. 1er juin 2013. 0h33.
Dernière solution.


Nous y voilà. La fin. Le moment où tout est dévoilé. J’ai songé à rédiger un dernier texte style « procès », mais j’ai toujours eu plus de difficulté à mettre en évidence le raisonnement et la multitude d’indices avec ces textes-là ; du coup, on va y aller comme pour les 2-3 dernières énigmes – à savoir la solution, tout simplement.

D’emblée, je voulais que cette énigme favorise ceux et celles ayant porté une attention soutenue aux textes jusqu’à maintenant, sans pour autant en rendre la résolution impossible pour ceux tentant leur chance pour la première fois. Je m’attendais à ce que les lecteurs assidus commencent la lecture de cette 6e et dernière épreuve avec déjà un suspect en tête. De fait, quiconque lit l’énigme avec le « bon » coupable en tête (se focalisant totalement sur les faits et gestes du suspect) devrait comprendre très rapidement le stratagème employé par le Loup-garou pour entrer et sortir de la chambre de Jnst. À l’inverse, celui qui se trompe dans ses soupçons (ou qui n’a tout simplement pas de soupçons) heurtera très rapidement un mur, a priori infranchissable – la résolution de l’énigme requerrait alors un saut logique pas évident du tout. C’était, du moins, mon intention.

Passons maintenant à l’énigme elle-même. Déjà, je ne surprendrai personne en avouant sans complexe que Von Nabis n’est pas le Loup-garou : il semble bien trop louche – et a été soupçonné par un bien trop grand nombre de personnages – pour être lui-même coupable. Du coup, pour trouver le vrai coupable, il fallait remplir deux objectifs : invalider son alibi et expliquer comment il a fait pour sortir de la chambre close.

Soyons francs : invalider l’alibi était de loin le plus facile. J’ai volontairement introduit des alibis archi-faibles pour vous induire en erreur : outre Von Nabis, pas moins de quatre personnages (soit la moitié du casting !) n’avaient en fait pas d’alibi valide. Toute la difficulté de l’énigme résidait plutôt dans la chambre close : de fait, l’identité du coupable et le moyen qu’il a employé pour sortir de la chambre de Jnst ne font qu’un. Trouver le stratagème, c’était aussi, nécessairement, identifier le coupable. Le crime n’était possible que pour un seul et unique personnage – le coupable.

Si vous ne l’avez pas encore résolue et voulez tenter votre chance une fois de plus avec ces petits indices, c’est le moment ou jamais ! Autrement, je poursuis avec la solution :

Solution, Partie 1 – Ou pourquoi les solutions conventionnelles ne pouvaient pas fonctionner.

Une chambre. Trois issues : la porte donnant sur le corridor (appelons-la ‘Porte 1’), celle donnant sur le balcon (‘Porte 2’) et la fenêtre, donnant sur le jardin arrière.

1°) Pouvait-on sortir de la chambre close par la Porte 1 ? Si oui, qui avait l’opportunité de le faire ?

Pour l’opportunité, Winterspoon et Carabosse disposaient tous deux d’un alibi faiblard. Lysine et Cyril surveillaient peut-être le hall au moment du crime, mais entre 12h15 et 12h45, ils cassaient la croûte en cuisine : facile pour Spoony/Cara de monter à l’étage, de se cacher à un endroit quelconque (la chambre d’hôte déserte, par exemple), d’attendre le passage d’Ysengrain vers la chambre de Fleur, puis d’entrer et zigouiller Jnst.

Le problème, c’est d’en sortir – et là, il y a problème. La porte ne se verrouille que de l’intérieur (ou alors de l’extérieur à l’aide d’une clef… laissée à l’intérieur de la chambre). Cette voie est sans issue.


2°) Pouvait-on sortir par la Porte 2 ? Si oui, qui pouvait le faire ?

Pour quiconque d’autre que Von Nabis, cette option était impossible, puisque le détective a monté la garde sans interruption sur le balcon entre 13h et la découverte du corps. De plus, il ne s’est joint aux autres que sur le tard – alors que tous les personnages étaient déjà réunis devant la Porte 1 (il était donc impossible pour le criminel d’attendre que Von Nabis déguerpisse vers la porte 1 pour, enfin, prendre la fuite).

Quant à Von Nabis lui-même, j’y reviendrai tout à l’heure. Qu’à cela ne tienne, cette issue était hors de portée.


3°) Pouvait-on sortir par la fenêtre ? Si oui, qui ?

A priori, c’était impossible : la chambre de Jnst étant située à l’étage, quiconque serait sorti par là se serait immanquablement cassé la figure. Mais :


Citation:
Portant son regard devant lui, Von Nabis devina les contours d'une petite remise, où l'on rangeait, à n'en pas douter, une large panoplie d'outils. Le détective constata avec un sourire amusé que la remise était - ou semblait - si pleine qu'on avait été obligé de ranger une échelle à l'extérieur, presque contre la porte de la remise.


J’en conviens, c’était un peu méchant. Oh, pas le fait d’avoir enterré cet élément au fond d’un paragraphe, non. Ce qui était méchant, c’était d’introduire l’échelle, tout simplement. Après tout, en voyant cela, on est quelque peu tenté de supputer que le Loup-garou l’a installée contre le mur de la cour arrière, a monté jusqu’à la chambre de Jnst et l’a tué avant de redescendre par le même moyen. Suivant cette théorie, qui de mieux que Bixive – par ailleurs policier obtus ayant une dent contre Von Nabis – pour mener à bien cette action, lui qui était seul dans la cour entre 13h00 et 13h35 (soit pendant l’heure du crime).

Problème : on a beau imaginer cette solution ; elle n’explique toujours pas comment Bix’ aurait pu verrouiller la fenêtre derrière lui – puisque celle-ci ne se verrouillait que de l’intérieur. Et c’est là que tout coince : malgré la présence cette échelle, l’énigme reste inexplicable.



C’est peut-être là que certains d’entre vous avez bloqué. Après tout, la chambre comportait trois issues – toutes hermétiquement scellées. Comment le meurtrier a-t-il pu s’enfuir de cette boîte à sardines ? Comme toujours, c’est la solution la plus simple qui était la meilleure : la chambre n’a en réalité jamais été scellée. Tout simplement.


Solution, Partie 2 – Ou comment le Loup-garou était sous votre nez depuis le début.

En réalité, tout dans l’énigme du jour – et même tout dans l’histoire du début à la fin – a été soigneusement préparé pour entretenir une illusion fatale. C’est un peu comme l’histoire de Fleur, dans la première énigme : rappelez-vous comment Jnst limitait les suspects à Cyril et Lysine, alors que c’était en fait un tout autre duo – Fleur et Narcisse – qui avait fait le coup.

Regardez maintenant comment Ysengrain limite, elle aussi, le champ des suspects aux huit personnages présents sur les lieux du crime : Bixive, Carabosse, Cyril, Fleur, Jnst, Lysine, Winterspoon… et Von Nabis. Il y a un personnage qu’elle a en fait omis d’intégrer à ses suspects.

Un personnage qui a pu s’introduire sans problème dans la chambre de Jnst – probablement à la demande de celui-ci. Un personnage qui a pu, à l’insu de tous et le plus simplement du monde, se construire un alibi apparemment en béton. Un personnage qui a ensuite quitté la chambre sans verrouiller derrière lui, qui a attendu la découverte du cadavre en se terrant tout près du lieu du crime – afin d’accourir le premier sur les lieux. Un personnage qui n’a eu qu’à prétendre que la porte était verrouillée ; qui, lorsque Cyril a percé son chemin à travers la porte, a glissé la main à l’intérieur et fait mine de déverrouiller, afin de compléter l’illusion et d’effacer ses traces.

Ce meurtrier ne peut être qu’une seule et unique personne : Ysengrain.

Le Loup-garou que Von Nabis suivait à la trace, le tueur en série coupable de quadruple meurtre était, tout simplement, Ysengrain.


Solution, Partie 3 - Le Récit

À 12h15, à la demande de Jnst, chacun se disperse à travers le manoir. Spoony s'enferme dans le salon ; Cara file à la rédaction du journal ; Von Nabis s'installe au balcon. Ysengrain, elle, s'en va discuter avec Bixive, certaine d'avoir la chance d'aller tuer Jnst à 13h, en montant chez Fleur.

Or, Jnst est furieux contre Von Nabis - furieux que le détective ne lui ait pas filé le nom du coupable. Que fait-il donc ? Il sait qu'Ysengrain a accompagné Von Nabis tout au long de l'enquête - et se dit donc qu'elle doit en savoir tout autant que lui. Von Nabis a peut-être refusé de lui livrer le coupable, mais Ysengrain peut le faire. C'est justement cela que Von Nabis avait anticipé, lorsqu'il menace Jnst, au moment de quitter la pièce : "si je quitte cette pièce", lui dit-il, "le Loup-garou vous tuera". Il avait justement prévu la manoeuvre de Jnst, qui, tentant d'en savoir un peu plus sur l'identité du coupable, lui offre une occasion en or de le poignarder.

Ce qui devait arriver arriva : alors qu'elle monte l'escalier, Jnst sort de sa chambre et l'invite d'un signe de la main à y entrer. La chambre étant insonorisée, personne ne capte mot de leur discussion - pas même Von Nabis, pourtant posté à quelques mètres de là, sur le balcon. Tous deux discutent un peu ; après un quart d'heure de conversation - et à un moment où Jnst lui tourne le dos - Ysengrain saisit sa chance et lui plante un poignard dans le dos. L'homme s'effondre.

Elle sait qu'il ne lui reste pas beaucoup de marge de manoeuvre : elle se doute que Von Nabis la suit à la trace, pense qu'il l'a déjà repérée (il la connaît si bien, après tout). Son plan est tout trouvé : il faudra faire du détective le coupable idéal. Il lui suffit alors de déverrouiller la porte menant au balcon et de faire semblant, le moment venu, que la porte principale est bien verrouillée - et le tour sera joué. Elle n'a alors plus qu'à sortir, fermer derrière elle et entrer chez Fleur comme si de rien n'était. La petite, aveugle, n'a aucun moyen de lire l'heure et présumera tout simplement qu'Ysengrain est bien entrée à 13h comme elle le prétend (alors qu'elle avait, en vérité, une demi-heure de retard).

De la chambre de Fleur, Ysengrain est dans la position idéale pour accourir au premier cri - elle a découpé la main de Jnst justement pour porter son crime à la connaissance des autres et mettre son plan en action. Elle devra attendre près d'une heure et demie avant que Lysine ne découvre la main ; en entendant son cri, Ysengrain plaque tout et court jusqu'à la porte de Jnst. Elle attend l'irruption de quelques témoins supplémentaires, puis met la main sur la poignée (déverrouillée), prétendant que la porte est verrouillée à double-tour. On part chercher une perceuse ; elle laisse Cyril défoncer la porte - dès qu'il y est parvenu, elle glisse, furtive comme l'éclair, sa main dans le trou ainsi créé et tâtonne pendant quelques instants, faisant mine de chercher le verrou, complétant ainsi l'illusion. Il ne lui restera alors plus qu'à patienter et laisser Bixive faire le reste du boulot à sa place.


Les Indices

Les indices que j’avais laissé filtrer dans cette dernière énigme étaient exceptionnellement subtils et discrets – il s’agissait plutôt, cette fois-ci, d’écarter l’impossible, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un seul suspect. Néanmoins, quelques infimes détails auraient pu vous aiguiller sur la bonne piste, si vous aviez été suffisamment attentifs.


Citation:
« Eh bien, après quelques recherches… extracurriculaires… j’ai découvert que notre ami a réservé une chambre d’hôtel dans le village voisin pour la nuit du 29 août – soit le soir de la mort de Narcisse. »

Ysengrain le regarda sans mot dire, les yeux écarquillés dans une expression de surprise.

« À votre mine, Mademoiselle, je devine qu’il ne vous avait pas mis au courant.
- … Oui, je l’ignorais. »

Ils restèrent ainsi quelques longs moments encore, frissonnant dans la brise. Elle fixa ses pieds d’un regard absent, laissant le souffle du vent calmer ses inquiétudes, sans réfléchir à rien en particulier.


Pourquoi est-elle inquiète ? Qu'y a-t-il d'inquiétant dans la situation ? Si elle était innocente, elle devrait au contraire être rassérénée : l'affaire qui la hante depuis 17 ans est sur le point d'être - enfin - élucidée.

Par ailleurs, notez bien que je parle ici d'une "expression de surprise" - pas de surprise en soit. À travers les textes, vous découvrirez qu'en parlant d'Ysengrain, je parle souvent de ses expressions, de son air, de sa mine, mais jamais de ses émotions ou ses pensées intérieures. Notez par ailleurs qu'Ysengrain prend un air stupéfait en "apprenant" la nouvelle de Bixive, mais qu'elle ne pense "à rien de particulier". Ne devrait-elle pas être choquée ? Réfléchir aux implications de la découverte ? Au contraire, il semblerait qu'elle soit déjà au courant.


Citation:
Fleur lui adressa un sourire penaud – et Ysengrain ne put s’empêcher de sourire à son tour. Pauvre petite.


Pourquoi plaint-elle Fleur à ce moment ? Celle-ci a mal orthographié 'fasses' - rien de bien tragique là-dedans. Pourquoi un 'pauvre petite' ? Notez qu'à ce moment-là, Ysengrain a déjà tué Jnst.

Citation:
« Bon, Fleur ? Ça fait une heure cinquante qu’on révise la conjugaison et la grammaire ; je crois qu’on peut passer à la littérature. »


Autre commentaire un peu étrange d'Ysengrain - pourquoi tient-elle à ce point à donner à Fleur la durée exacte du cours jusqu'à maintenant ? Quelqu'un de normal aurait plutôt dû dire "près de deux heures". Pourquoi insister sur "une heure cinquante" ?

Citation:
elle se précipita hors de la pièce et tomba nez-à-nez avec Lysine, qui s’était effondrée devant la porte de Jnst en tenant un objet d’un air horrifié.

« Une main », dit-elle, catatonique. « C’est une main ».

Sans attendre, Ysengrain cogna vigoureusement contre la porte de Jnst. « M. Jnst ! M. JNST ! OUVREZ ! » Il n’y eut aucune réponse.


L'attitude d'Ysengrain ne vous semble-t-elle pas plutôt bizarre, ici ? OK, on trouve une main devant la porte de Jnst, mais Ysengrain réagit instinctivement comme si elle savait que Jnst était mort. Au lieu de cogner, d'essayer d'ouvrir, etc. elle hurle de toutes ses forces, avec désespoir.

Citation:
Sans hésiter une seconde, Ysengrain mit la main sur la poignée :

« Rien à faire ! C’est verrouillé !


Portez attention à ce que je ne dis pas, ici. Le texte n'est pas "Ysengrain mit la main sur la poignée, sans parvenir à l'ouvrir malgré ses meilleures tentatives", mais "Ysengrain mit la main sur la poignée". C'est tout ce qu'elle a fait avant de s'écrier que la porte était verrouillée. Même chose pour la suite :

Citation:
Ysengrain plongea la main dans le trou, tâtonna quelques instants et proclama enfin :

« Ça y est, je l’ai ! »


Pas de "elle tâtonna jusqu'à sentir le verrou sous ses doigts". Je suis tout à fait sincère dans ma narration : Ysengrain plonge la main dans le trou, attend quelques instants et proclame un mensonge. Tout simplement. Sourire


Pourquoi note-t-elle les alibis sur son carnet, si elle sait de toute manière qu'elle est coupable ?

Pour donner le change, mais aussi pour vérifier que les alibis de tout le monde collent. Si tout le monde a un alibi en béton, le seul coupable possible n'est donc que Von Nabis - ce qui achève de discréditer le détective : elle peut donc échapper aux accusations de son ancien amoureux, que personne ne croira plus.


N'aurait-on pas pu imputer les crimes à Von Nabis ? Comment diable peut-on prouver qu'Ysengrain a tué Jnst ?

Rappelez-vous : lorsqu'on a éliminé l'impossible, il ne reste plus que la vérité. De tous les personnages de l'énigme, seule Ysengrain pouvait tuer Jnst et s'échapper de la chambre close - et oui, cela inclut Von Nabis. J'avais d'ailleurs inclus cet élément comme un super-bonus susceptible de départager d'éventuels ex aequos. Pouvez-vous trouver un moyen d'innocenter Von Nabis ?


Spoiler:


Citation:
Haussant les épaules, Von Nabis tourna la poignée d’un geste résigné. À sa stupéfaction, il ne rencontra pas de résistance : sans qu’il ait eu besoin de déverrouiller quoi que ce soit, la porte s’ouvrit dans un grincement strident, découvrant le balcon qu’il avait quitté il y avait quelques minutes à peine.


Citation:
Il fut rapidement convenu entre toutes les convives présentes que personne n'avait rien vu ou entendu d'anormal jusqu'au cri de Lysine, à 14h50


La porte 2 produit un grincement strident en s'ouvrant - or, Bixive, qui se trouvait à proximité du balcon au moment du balcon (et donc à proximité de la porte 2) aurait dû entendre le grincement de la porte si celle-ci avait été ouverte. Comme il n'a rien entendu, c'est donc qu'elle n'a pas été ouverte - et donc que Von Nabis est innocent.

Le crime était rigoureusement impossible pour tous les suspects sauf une seule : Ysengrain. Elle est donc - nécessairement - le Loup-garou.



Dernière édition par Solaris le 01 Juin 2013, 05:46; édité 2 fois
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MessagePosté le: 01 Juin 2013, 05:45    Sujet du message: Répondre en citant

Le mobile... et (presque) toute l'histoire

A priori pas trop compliqué à cerner, le mobile était peut-être plus complexe qu'il n'y paraît. Bon, on va pas se leurrer : tout tourne autour de la vengeance (ça colle bien avec Ysengrain, en plus Tire la langue).

En 1952, Dahlia Grimard se lance dans une vague de folie meurtrière, égorgeant pas moins de dix victimes à travers la région - dont la propre soeur d'Ysengrain. Son amoureux lui promet d'élucider la chose, va parler à Jnst et fout le camp - abandon qu'elle vit comme une trahison, mais qu'elle supporte en silence. Elle finit par se lier avec Narcisse ; sans peut-être vraiment l'aimer, elle se sent seule dans ce petit village perdu et accepte de bonne grâce ses avances. Après quelques mois/années, Narcisse demande même sa main en mariage. Et c'est là que tout change.

Voyez-vous, Narcisse, quoique plus jeune à l'époque des faits, s'est toujours douté qu'il y avait un peu quelque chose de pas net avec ses parents. Il voyait bien que sa mère était un peu cinglée par moments ; voyait bien les précautions que prenait son père à son égard. Sans peut-être l'avouer expressément, une partie de lui-même savait que Dahlia était le Loup-garou. Or, il est sur le point de se marier avec la soeur d'une de ses victimes. Il sent son père pris de remords (celui-ci l'a déjà engagée comme tutrice personnelle de Fleur, peut-être pour se racheter un peu) ; se dit qu'il pourrait aller tout dévoiler et, de fait, gâcher le mariage. Il sait aussi que Jnst, sentimental, garde chez lui une copie du journal de sa femme, où elle raconte les dernières de sa vie, ses pulsions incontrôlables, son côté monstrueux. Ce journal fait office de preuve accablante : il projette alors de le dérober pour, d'un côté, en avoir le coeur net et, de l'autre, empêcher son père de tout raconter (s'il n'a pas de preuve, il peut faire passer ça comme la sénilité d'un vieil homme). Il demande à Fleur de dévoiler le journal à sa place, avec les résultats que l'on connaît. La petite, ne pouvant reconnaître le journal, emporte la totalité du contenu du tiroir. Jusque là, tout va bien.

Hélas pour Narcisse, Fleur regrette énormément le vol et, ne sachant pas quoi faire du reste du magot (Narcisse n'a pris que le journal, la laissant se dépatouiller avec le reste), s'en ouvre à... Ysengrain. Celle-ci est surprise - pourquoi Narcisse aurait-il eu besoin d'un vieux journal comme celui-là ? Histoire de calmer le jeu, elle conseille cependant à Fleur de restituer la totalité des biens volés, sauf l'argent - afin de faire croire à un vol crapuleux (Fleur n'ayant pas vu la bague, Ysengrain ne pouvait donc pas connaître son existence non plus). Fleur hésite, se sent un peu mal, aimerait tout restituer - Ysengrain lui propose alors de tout restituer sauf une petite partie de la somme, afin de faire croire à une sorte de vol commandité (ce qui incriminerait davantage une servante que la propre fille de Jnst). Voilà donc pourquoi 500$ manquaient toujours à l'appel.

Par la suite, Ysengrain, curieuse, mène son enquête et profite d'une soirée passée chez son fiancé pour subtiliser le journal et le parcourir. C'est à ce moment qu'elle découvre l'horrible vérité. Elle devine tout. Elle sait désormais que Jnst a honteusement protégé sa femme, lui a permis de commettre ses exactions tout en la soustrayant aux yeux de la justice. Il doit payer. Elle pense que Narcisse était au courant - devait être au courant, sinon pourquoi subtiliser le journal ? Il doit payer également (et quel meilleur moyen de faire souffrir Jnst que lui retirer son fils?). À la lecture du journal, elle découvre que Dahlia s'est aussi confessé à Osuniev, le curé du village, qui a gardé l'info pour lui et a extorqué des fonds à Jnst pour qu'il rénove l'Église et le fasse vivre confortablement. Il était au courant - et doit payer. Bref :

Pourquoi reprendre le manteau du Loup-garou ? Pour punir ceux qu'elle tient responsable de la mort de sa soeur : Jnst plus que tout (qui mourra en dernier et souffrira donc le plus). Si Von Nabis n'avait d'ailleurs pas tenu à faire sa démonstration si tôt, lui forçant ainsi la main, il est probable qu'elle ait continué son bain de sang avec d'autres victimes.

Pourquoi créer des chambres closes ? Il existe une autre personne - une dernière - qui ait choisi de protéger Dahlia et Jnst : son amoureux de l'époque, Von Nabis. Celui-là, elle se refuse à le tuer - ce serait trop facile et pas suffisamment approprié. Du reste, il lui faudra un bouc émissaire : qui de mieux que le détective arrogant qui emmerde tout le monde ?

Quelques jours avant de tuer Narcisse, elle subtilise du papier à en-tête officiel de la compagnie et envoie un mot au détective, le priant d'être présent à Cap-Chat le 29 août (jour où elle projette de zigouiller son fiancé). Elle le rend ainsi très suspect. Elle se doute par après qu'il ne pourra pas résister à l'envie d'enquêter sur la mort du fils Grimard - et fera donc figure de suspect idéal. Elle s'emploiera donc par après à créer les crimes les plus alambiqués, les plus insolubles - si complexes que seul un fou comme Von Nabis pourrait les élucider. Elle connaît le caractère de Bixive ; sait à quel point l'attitude de Von Nabis pourrait le déranger : de fait, en créant ces situations intenables, elle fait naître (et encourage) le commissaire à soupçonner Von Nabis. Il lui suffira, le 31 octobre, à la mort de Jnst, de déverrouiller la porte du balcon pour apporter la dernière touche à son plan : Von Nabis ne peut plus fuir ; il est condamné.
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MessagePosté le: 01 Juin 2013, 06:50    Sujet du message: Répondre en citant

Une montagne d'indices


La solution vous semble injuste ? « Un narrateur coupable, n'est-ce pas un peu tricher ? » Si j'avais sorti ça de nulle part, je ne dis pas non. En l'occurrence, cependant, j'ai laissé une véritable montagne d'éléments pertinents susceptibles de vous aiguiller sur la bonne piste - il suffisait d'un oeil attentif pour relever le tout. Bref, en ordre chronologique :

Prologue


Citation:
Von Nabis déposa la lettre d’un air songeur. Le mot avait été scellé du sceau de Grimard Énergies Inc., la compagnie que dirigeait le père de Narcisse – et dont Narcisse lui-même était l’un des vice-présidents.


Quel imbécile irait frapper une missive secrète du sceau officiel de la compagnie de Jnst ? Pour quelqu'un qui demande à Von Nabis - simple précaution - de brûler la lettre après l'avoir lue, pourquoi Narcisse y a-t-il apposé le sceau de la compagnie, ce qui n'aurait qu'attiré l'attention des curieux ?


1re énigme


Citation:
Le juge... Wargrave... sortit une lettre... de sa poche. L'écriture en était... indéfrichable-


Beaucoup d'entre vous m'avez demandé s'il y avait une signification particulière à inclure cet extrait des Dix petits nègres. Ne trouvez-vous pas particulier que ce soit justement le personnage de Wargrave qui soit mentionné dans cette scène ? Le roman de Christie commence avec l'introduction du personnage de Wargrave ; mes énigmes commencent avec l'introduction d'Ysengrain. À vous de conclure ce qu'il y avait à conclure. Clin d'oeil

Par ailleurs, ce passage servait aussi à indiquer qu'Ysengrain était fan de romans policiers (puisqu'elle en a imposé la lecture à Fleur) ; la quasi-totalité des meurtres étant des chambres closes, vous auriez pu faire le lien. Qui est davantage susceptible d'imaginer des stratagèmes alambiqués, entre le tenancier de bistrot, la fillette aveugle et la fervente lectrice de romans policiers ?


Citation:
À l'âge de cinq ans, son père - richissime industriel de la région – avait décidé qu'aveugle ou non, sa fille serait aussi cultivée et savante que n'importe quelle autre fille de son âge, voire plus. Un beau jour, il avait cogné à la porte d'Ysengrain et lui avait proposé de donner des cours particuliers à sa fille.

« Ne feriez-vous pas mieux d'aller voir Mandrino ? », avait-elle alors répondu, interloquée par la proposition. « Je veux dire… c’est lui, le prof. Je ne suis que romancière. »


Pourquoi Jnst, qui adore sa fille, s'est-il adressé à Ysengrain plutôt qu'au professeur Mandrino ? Jumelé avec le fameux journal de 1952 et le fait que la soeur d'Ysengrain ait été tuée par le Loup-garou en 1952, cela aurait pu vous amener à conclure que Jnst se sentait coupable vis-à-vis d'Ysengrain - et donc qu'il avait quelque chose à voir avec le Loup-garou de 1952.

Citation:
Ysengrain sourit et se demanda si ‘Von Nabis’, comme il se faisait maintenant appeler, avait compris [qui avait volé le journal]. Il ne la déçut pas.


Pourquoi Ysengrain sait-elle déjà qui a dérobé le journal, puisque le vol relève d'un complot entre Narcisse et Fleur ? Dès le début, elle semble en savoir plus qu'il n'y paraît à première vue.

J'en profite pour faire remarquer qu'en l'espace d'une scène, on passe de ça :


Citation:
Ils remontèrent à l’étage, l’autre évitant soigneusement de croiser son regard. Enfoiré, va. Elle avait connu le détective depuis qu’ils étaient enfants. Toute jeune, déjà, elle avait senti qu’il était un peu différent des autres. « Froid, distant, dissipé », avaient conclu ses professeurs. Mystérieux, têtu, passionné, avait-elle corrigé. Très vite, ils étaient devenu inséparables. Chaque jour qui passait les voyait se rapprocher de plus en plus… jusqu’à ce qu’un jour, il quitte le village en toute hâte, sans prévenir personne. Sans me prévenir, moi. Depuis, pas un mot, pas une parole. Il n’avait jamais répondu à ses lettres, ses billets inquiets. Froid et distant, hein ? Pas si loin de la vérité, finalement.


... à ça :

Citation:
Allez, démarre. Tu as encore une chance de te racheter.
- Oui, chef », fit-il, appuyant sur la pédale.

Il lui fallut deux bonnes minutes pour réaliser qu’elle l’avait tutoyé.


Le mec revient après dix-sept ans d'absence, résout une énigme et hop, Ysengrain lui pardonne aussitôt ? Mouais.



2e énigme


Citation:
« … c’est juste que… Narcisse était mon fiancé », poursuivit-elle à une détresse et une impuissance parfaitement jouée, « Je- j’ai horreur de penser à ce qui a pu lui arriver.


Pourquoi a-t-elle besoin de "jouer" la détresse et l'impuissance ? Son fiancé est mort - ne devrait-elle pas être naturellement triste !

Citation:
- D’accord, donc il déambulait dans les allées ?
- Je n’aurais peut-être pas dit ça. Boitait, plutôt.
- Boitait ? »

Cette fois, ce fut Ysengrain qui expliqua :

« Narcisse a eu un grave accident de voiture il y a, oh… sept ans, peut-être. On a été obligé de lui raccourcir la jambe. Et depuis il boite. Boitait. Il essayait toujours de faire comme si de rien n’était, de garder le dos droit, de marcher à peu près normalement malgré son handicap, mais… bon. Ça se voyait. »


Voyez comment elle est défensive, dès que Von Nabis se questionne sur la démarche de "Narcisse" ? Elle se sent obligée d'expliquer la conduite de la fausse victime.

Citation:
- Euh… je peux répondre à ça, je suppose. Pas grand-chose, pour être honnête. On a enlevé le cadavre. Je—votre fiancé, je veux dire, mam’zelle. »

Ysengrain lui assura qu’elle n’était pas offensée et lui intima de continuer :


Là encore, elle semble se foutre de la mort de son fiancé.


3e énigme, ou comment je vous ai offert l'identité du coupable sur un plateau


Citation:
Von Nabis
Église de Cap-Chat. 19 septembre 1969. 8h51.
Troisième énigme.


[...]

Quelques instants avant d'être happé à l'intérieur, [Von Nabis] eut aussi le temps de voir [sSerenity] tirer Ysengrain par la manche de son manteau pour lui glisser quelques mots.

* * *
Ysengrain

Église de Cap-Chat. 19 septembre 1969. 9h37.


Jetez un coup d'oeil aux heures. Vous n'allez pas me faire croire quand même que la conversation-éclair entre Von Nabis et sSerenity a duré 46 minutes, quand même ! Même que Bixive confirme, plus tard dans l'énigme, que les portes de l'église se sont ouvertes à neuf heures pile (information que Von Nabis ne dément pas). Comment a-t-on donc pu passer de 9h à 9h37 en l'espace d'une scène ?

C'est donc nécessairement que la 2e scène n'a pas eu lieu directement après la première - bref, qu'il s'agit d'une deuxième conversation entre Ysengrain et sSerenity. On sait qu'à 9h37, on était en pleine messe (or, on sait que sSesSe est mort à ce moment-là). Qui d'autre que le meurtrier aurait pu discuter avec la victime au moment du crime ? Et si Ysengrain était innocente, pourquoi n'en avoir rien dit ?

Par ailleurs, je me suis amusé à intégrer à la troisième énigme une sorte d'histoire dans l'histoire - rien de bien flagrant, mais quand même amusant : Ysengrain poignarde sSeren au coeur - difficile d'y parvenir sans recevoir un minimum de sang sur les mains et sur les vêtements. En l'occurrence, le sang a perlé sur ses gants (qu'elle portait pour ne pas laisser d'empreintes) et son manteau (qu'elle portait parce qu'il faisait froid). Un peu mal, elle a dû se débarrasser de ces deux éléments.

Du coup, lorsqu'elle a tué Osuniev, elle n'avait plus de gants - et a donc laissé ses empreintes digitales à quelques endroits dans la pièce. Que fait-elle lorsqu'elle revient publiquement dans la chambre d'Osu à la recherche du prêtre ? Elle met ses empreintes partout - comme ça, personne ne s'étonnera d'y trouver ses empreintes. Regardons maintenant l'histoire à l'oeuvre à travers l'énigme :


Citation:
Quelques instants avant d'être happé à l'intérieur, il eut aussi le temps de le voir tirer Ysengrain par la manche de son manteau pour lui glisser quelques mots.

[Deux scènes plus tard]

Von Nabis aperçut enfin Ysengrain dans la foule, frissonnant sous l'élégant tailleur noir qu'elle avait revêtu en signe de deuil, et lui adressa un signe de la main.


Un coup, elle a son manteau ; un coup, elle ne l'a plus.


4e énigme


Citation:
[Jnst:] « Et puis… et puis le soir, à la taverne, en compagnie de quelques proches de Narcisse, de mes proches à moi et des habitués du coin, j’ai claironné le nom de la banque où j’avais caché ce qu’il me restait de mon passé. J’étais plutôt ivre à ce moment-là. Je crois… je crois même avoir donné le numéro du coffre, par défi ou par connerie. »


On sait donc que le Loup-garou était soit un proche de Narcisse/Jnst, soit un habitué du coin ; or, je mentionne dans les énigmes subséquentes que le bistrot du coin est presque entièrement désert - les chances veulent donc que le loup-garou soit un proche de Narcisse/Jnst (ou, à défaut, Spoony). Cependant, Spoony n'aurait pas pu apprécier la valeur sentimentale de la bague pour Jnst. Bref, le loup-garou ne peut qu'être un proche de Narcisse/Jnst. Reportez-vous à la liste des persos : la liste n'est pas bien longue.


Intermède IV


Citation:
- C’est exact. Il a fait trois victimes rien que dans ce petit village. D’A, un pêcheur du coin. Balthy, un ancien policier, l’ancien partenaire – et ami – de Bixive, je crois bien. Et puis… et puis Xinome.
- Une amie à vous, je crois ?
- Une amie à moi. La sœur d’Ysengrain. Oh, ce ne fut jamais rien de plus qu’une amie, bien sûr, mais c’était tout de même quelqu’un de proche. L’une de mes rares proches, à l’époque. Lorsque nous avons appris sa mort, lorsque Bixive a sonné à la porte pour nous prévenir qu’on avait trouvé un autre corps, un autre cadavre… Ysengrain était dévastée.


Ce petit passage suffisait presque à établir le mobile d'Ysengrain. De ce point de vue, il n'y avait d'ailleurs que trois suspects possibles : Bixive (par sa proximité avec Balthy), Spoony (par son attachement à son fils Lawliet) et Ysengrain (de par son attachement à sa soeur Xinome). Or, on sait que le Loup-garou n'a agi que maintenant, soit dix-sept ans plus tard. Pourquoi attendre si longtemps ? C'est donc qu'un événement l'a incité à l'action : le vol du journal ne tombe-t-il pas juste à propos ?

Or, qui, entre Bix', Spoony et Ysengrain aurait été plus susceptible de découvrir l'existence du journal ? Voilà un autre élément à charge contre la demoiselle.


5e énigme


« Si la 5e énigme n'est pas l'oeuvre du Loup-garou, elle n'est pas pertinente pour la résolution du mystère, non ? » Ha !



Citation:
Ysengrain avait passé la soirée au ‘Matou’ en compagnie de Von Nabis, échangeant avec lui quelques réflexions et hypothèses sur l’enquête en cours. Leur conversation avait été interrompue vers 22h15 par Winterspoon, qui avait avisé le détective que le commissaire Bixive souhaitait lui parler au téléphone.

« Enaëlle de Saint-Yllène a été assassinée dans des circonstances inexplicables », avait-il annoncé à son retour. « La police croit que le Loup-garou est derrière tout ça. Pour ma part, je suis presque sûr que non, mais si vous avez envie d’aller y jeter un œil, je ne vous retiendrai pas ».


Comment Von Nabis pouvait-il savoir dès le début que la mort d'Enaëlle ne relevait pas du Loup-garou ? La réponse se trouve un paragraphe plus haut : il venait de passer la soirée avec celle qu'il soupçonnait déjà de garoutisage. Il savait donc qu'elle n'avait pas pu tuer la victime.

Citation:
J'espère sincèrement que l'enfoiré qui a fait ça a au moins eu la décence d'attendre sa mort avant de la charcuter. Elle secoua la tête, portant la main à son front dans un geste de résignation. Quel ignoble boucher se laisse ainsi guider par des sentiments aussi abjects et veules ?


Réflexions très intéressantes, ici ! On remarque que :

1°) Elle a une "préférence" nette pour le charcutage post-mortem (or, nous savons déjà que le Loup-garou de 1969 charcute ses victimes après la mort).

2°) Elle n'a pas de problème avec le meurtre en soi - ce qui la dérange bien davantage, c'est la vulgarité du mobile. Est-ce là une réaction normale ?

3°) À noter qu'elle n'a jamais semblé particulièrement choquée auparavant par les crimes du Loup-garou. En revanche, le seul crime de l'histoire pas commis par le Loup-garou est le seul qui la dégoûte et la choque.

Intermède V



Citation:
« Tu le sauras demain. Demain… je mettrai un point final sur cette affaire. Sur toute cette affaire. De ’52 à ’69.
- Pourquoi demain ? Pourquoi pas maintenant ? Je suis là, Jana. Je suis prête. Pourquoi es-tu parti ? Qui est le Loup-garou ? »


Étrange qu'Ysengrain ne soit pas capable d'attendre une journée de plus, elle qui a déjà attendu 17 ans avant de connaître la vérité. Ne semble-t-elle pas à pousser Von Nabis à lui révéler son coupable, histoire de voir s'il fait fausse route ou non (et donc histoire de voir si elle a encore du temps devant elle pour zigouiller quelques autres nullards, ou si elle doit passer à la dernière phase du plan : éliminer Jnst et imputer le crime à Von Nabis).
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Solaris
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MessagePosté le: 01 Juin 2013, 08:55    Sujet du message: Répondre en citant

Le choix des pseudos et autres coulisses de l'histoire


Pourquoi Von Nabis ? Pourquoi Ysengrain ? Pourquoi Jnst ? Comme dit plus haut, tout, en fait, était destiné à vous mettre la poudre aux yeux : l'objectif premier était que vous ne soupçonniez pas mon coupable, quel que soit le pseudo que je lui attribuais. Dès le début, je savais ce que je voulais faire : une histoire où "Watson" (ou son équivalent) serait le meurtrier. Je n'invente bien sûr rien - et m'inspire là encore d'un roman d'Agatha Christie - mais quoi qu'il en soit, j'avais envie de tenter le coup.

Au début, en fait, mon "Watson" s'appelait tout simplement Solaris - et narrait l'histoire à la première personne. Après mûre réflexion, cependant, je me suis dit que ce serait bien, bien trop évident (en plus d'être une copie conforme d'un truc que j'avais lu). Du coup, j'ai changé un peu mes plans ; c'est là que m'est venue l'idée d'une équipe de deux détectives - dont l'un serait mon meurtrier. J'avais déjà utilisé le perso de Von Nabis dans les 'Dix petits GaGiens' (m'inspirant alors du RP de Jana, qui avait bien sûr créé le personnage) ; Ysengrain avait par ailleurs été mon détective-mairesse sur cette même partie. Je me suis dit que le hasard faisait bien les choses : je n'avais qu'à réutiliser ces deux vieux persos (tous deux fermement dans le camp des gentils sur ma partie originale), ce qui entretiendrait l'illusion qu'ils étaient, là encore, gentils.

Tout le reste a découlé de là. Sachant qu'Ysengrain allait être la meurtrière, j'ai alors construit un univers où sa présence était tout à fait normale. J'ai inventé une pseudo-histoire d'amour entre elle et Von Nabis, me disant que les gens souriraient au clin d'oeil IRL sans vraiment se poser de question ; je l'ai fiancée à Narcisse, espérant que les gens y voient une allusion à leur éternel amourachage sans creuser plus loin. Je me suis amusé à construire la famille Grimard en clin d'oeil aux "mauves" de Survivor (Jnst, Fleur, Narcisse [qui est mort avant que les mauves se construisent, m'enfin]). Bref, tout était destiné à détourner l'attention de mon meurtrier - chaque personne jouait son rôle 'habituel' dans l'histoire - à quelques exceptions près, bien sûr, m'enfin. Si j'avais employé d'autres pseudos - ou pis, si j'avais créé de toutes pièces mes personnages - vous auriez été nombreux à vous questionner sur la pertinence du personnage d'Ysengrain. Pourquoi deux détectives, alors qu'un aurait été amplement suffisant ? Pourquoi ces parenthèses sentimentales ? En l'affublant du pseudo d'Ysengrain, je camouflais toutes ces questions derrière une armée de clins d'oeil IRL.

Pour info, le perso de Winterspoon a été créé de toutes pièces pour vous induire en erreur - j'avais voulu l'introduire plus tôt et en faire une sorte de bougre juste un peu trop sympa qui aurait clairement attiré la méfiance, mais manque d'inspiration oblige, j'ai été obligé de l'introduire sur le tard de manière un peu artificielle. Tant pis. J'espérais aussi, sur le tard, que certains d'entre vous soupçonniez Bixive à tort, sachant que le commissaire de police pouvait faire un bon suspect dans l'absolu.

Autrement, pour les énigmes, j'avais commencé par imaginer la dernière et construit le reste autour de ça. L'idée pour la première m'est venue assez rapidement la semaine précédant le recensement. La deuxième m'est venue à peu près au même moment ; j'avais à peu près planifié la troisième et la quatrième également. Problème : la deuxième a été tellement bien réussie que j'ai été obligé de corser le niveau de difficulté et de jeter à la poubelle mes énigmes 3 et 4. (La 3 originale n'aurait tourné qu'autour du cercueil, ce qui aurait été, vous en conviendrez, bien trop facile ; quant à la 4, je n'ose même pas en parler tellement elle était facile.) Du coup, j'ai beaucoup cogité pour imaginer les deux énigmes qui allaient devenir l'affaire du corps sans tête et l'affaire des coffres, mais j'aurai enfin réussi à les rédiger. La 5e n'était pas trop mal - et comme j'avais déjà planifié la 6e depuis le début, elle m'est venue assez vite également.

En tout et pour tout, je suis plutôt content de la 1re et de la 3e. La 2e était à mon sens un chouïa trop facile (et pas très originale par ailleurs), et la 4e un peu trop bizarre. Je ne sais pas trop quoi penser de la 5e encore - et je n'ai pas grand mérite pour la 6e, ayant combiné deux ou trois trucs que j'ai lu ailleurs en un paquet garni (le seul truc que j'ai inventé, c'est le non-alibi d'Ysengrain).
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